CINEMA : « Second Victims » de Zinnini Elkington

On m’avait dit beaucoup de bien de Second Victims, et le film de Zinnini Elkington tient largement ses promesses. Ce long métrage danois impressionne moins par l’ampleur de son dispositif que par l’extrême humanité qu’il dégage, et par la justesse avec laquelle il saisit la réalité du travail médical aux urgences.

Le film nous plonge dans une seule journée, au cœur d’un service d’urgences hospitalières. Il s’ouvre sur un long plan-séquence remarquable : la caméra suit une jeune neurologue, chargée à la fois de son travail quotidien et de la gestion du téléphone des urgences. Dès les premières minutes, la tension est palpable. Tout va vite. Trop vite. Et chaque décision peut être irréversible.

Très vite, elle est confrontée à une situation critique : une vieille dame victime d’un AVC. Le temps est compté. Il faut agir. Mais le fils de la patiente n’est pas présent pour confirmer si elle prend ou non certains médicaments. Décider, c’est risquer de sauver… ou de tuer. Dans ce laps de temps minuscule, la médecine cesse d’être une science exacte pour devenir un acte profondément humain, traversé par le doute et la responsabilité.

En parallèle, une jeune médecin appelle pour demander un second avis concernant un jeune homme de 18 ans qui se plaint de maux de tête persistants depuis 24 heures. Rien, en apparence, n’indique une situation grave. Le diagnostic ne révèle rien d’anormal. La décision est prise : il peut rentrer chez lui. Quelques minutes plus tard, alors qu’il quitte l’hôpital, le jeune homme s’effondre. Il est victime d’une hémorragie cérébrale et tombe dans le coma.

Le film atteint alors une dimension tragique et bouleversante. D’un côté, le fils de la vieille dame remercie la neurologue pour avoir pris la bonne décision et sauvé sa mère. De l’autre, une famille bascule dans l’horreur : un garçon de 18 ans se retrouve en situation de mort cérébrale. Deux issues opposées, issues pourtant du même engagement professionnel, de la même volonté de bien faire.

Second Victims montre avec une grande finesse ce que signifie être médecin aux urgences. La pression permanente, la surcharge, les décisions prises dans l’urgence, avec des informations incomplètes. Le film rappelle une vérité souvent oubliée : un médecin, même animé des meilleures intentions, reste un être humain. Le risque d’erreur n’est pas seulement possible, il est inhérent au système. Et ce risque pèse autant sur les patients que sur ceux qui soignent.

Zinnini Elkington évite tout sensationnalisme. Il filme les visages, les silences, les regards, les gestes répétés. Il montre aussi la violence émotionnelle que subissent les soignants, ces “secondes victimes” du titre, marqués à vie par les décisions qu’ils prennent, même — et surtout — quand ils pensent avoir bien agi.

Second Victims est un film profondément humain, d’une sobriété remarquable, qui rend hommage au personnel médical sans jamais l’idéaliser. Un film nécessaire, bouleversant, qui rappelle que derrière chaque diagnostic se joue une part de fragilité humaine, et que la médecine, malgré toute sa rigueur scientifique, reste avant tout une affaire de choix, de doutes et de conscience.

Fiche technique :
Titre : Second Victims
Réalisation : Zinnini Elkington
Avec : Özlem Saglanmak, Trine Dyrholm, Mathilde Arcel Fock
Pays : Danemark
Genre : Drame
Date de sortie : 14 janvier 2026 (Belgique)
Durée : 1h32

Affiche du film « Second Victims » de Zinnini Elkington

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