À grand pouvoir, grandes responsabilités. Mais que se passe-t-il lorsque l’héroïne n’est ni une justicière masquée, ni une figure tragique, ni une grande aventurière, mais une simple poule ? C’est le pari aussi improbable qu’audacieux de Cocotte, nouveau film de György Pálfi, qui transforme un volatile en personnage principal d’un récit à la fois cocasse, social et profondément inattendu.
Le film suit une poule échappée d’un élevage industriel, qui trouve refuge dans la cour d’un restaurant en ruine. Là, dans ce petit monde clos où se rejouent les rapports de domination, elle découvre l’amour, tente de protéger ses œufs, affronte la hiérarchie du poulailler et se confronte à la cupidité des humains. Toute son existence semble tendue vers un seul objectif : donner naissance à un poussin. Y parviendra-t-elle ? C’est autour de cette quête élémentaire, presque primitive, que le film construit une fable étonnamment touchante.
Ce qui frappe d’abord dans Cocotte, c’est son dispositif. Le film est littéralement filmé à hauteur de poule. En déplaçant ainsi le regard, György Pálfi oblige le spectateur à changer d’échelle. Ce qui pourrait n’être qu’un gag devient peu à peu une véritable expérience de cinéma : voir le monde comme une poule, c’est aussi voir l’humanité autrement.
Et derrière l’étrangeté du concept, Cocotte révèle une dimension profondément sociale. Cette poule qui veut simplement couver ses œufs se retrouve prise dans des rapports de force qui la dépassent. Elle doit survivre, s’adapter, négocier avec son environnement, protéger ce qu’elle a de plus précieux. Sa quête de maternité devient alors le reflet miniature des luttes humaines : le désir de transmettre, la peur de perdre, les compromis imposés par la survie, la violence des systèmes qui broient les plus faibles.
Le film fascine aussi par son incroyable travail avec les animaux. Huit poules hongroises — Eszti, Szandi, Feri, Enci, Eti, Eniko, Nora et Anett — auraient été utilisées pour incarner le rôle principal. Et cela se ressent : la poule n’est jamais un simple accessoire comique. Elle devient un véritable corps de cinéma, avec ses hésitations, ses élans, ses regards, ses mouvements imprévisibles. Le tournage a dû s’adapter à la concentration limitée des volatiles, capables de rester motivés seulement vingt ou trente minutes devant la caméra. Cette contrainte donne au film une forme d’imprévisibilité qui participe à son charme.
Bien sûr, Cocotte est un film étrange. On peut d’abord sourire devant cette ambition folle : faire d’une poule une héroïne tragique et sociale. Mais peu à peu, le rire laisse place à une forme d’attachement. La trajectoire de cette petite créature obstinée devient émouvante parce qu’elle touche à quelque chose de très simple : le droit d’exister, de protéger les siens, de rêver à une continuité dans un monde hostile.
György Pálfi signe ainsi une œuvre singulière, difficile à classer, entre fable animale, satire sociale et mélodrame miniature.
Fiche technique :
Titre : Cocotte
Réalisation : György Pálfi
Avec : Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos
Pays : Grèce, Allemagne, Hongrie
Genre : Comédie dramatique, Aventure
Date de sortie : 27 mai 2026 (France) – 12 août 2026 (Belgique)
Durée : 1h36
