Avec (The) Good Boy, Jan Komasa signe un film aussi dérangeant que moralement piégeux. Le point de départ a tout du thriller psychologique : Tommy, jeune délinquant de 19 ans, est enlevé par un couple qui s’est donné pour mission de le “rééduquer”. Enfermé, contrôlé, humilié, soumis à une discipline aussi absurde que violente, le jeune homme devient le cobaye d’une expérience domestique glaçante : peut-on fabriquer un “bon garçon” par la contrainte ?
Le film repose sur une idée extrêmement trouble. Ses ravisseurs ne se présentent pas comme des monstres, mais comme des éducateurs de substitution. Ils ne veulent pas simplement punir Tommy ; ils veulent le corriger, le redresser, le sauver malgré lui. C’est précisément ce qui rend le dispositif inquiétant. La violence n’est pas ici seulement physique. Elle est psychologique, morale, presque pédagogique. Elle s’enrobe de bonnes intentions, de règles, de récompenses, de phrases calmes et de gestes apparemment raisonnables. On ne bat pas seulement un corps : on tente de reprogrammer un être.
Et ça marche ! À mesure que le récit avance, Tommy semble changer. Le jeune délinquant agressif, insolent, réfractaire, devient progressivement plus aimable avec ses ravisseurs. Il apprend à composer avec eux, à répondre à leurs attentes, peut-être même à chercher leur approbation. Le film installe alors un malaise redoutable : assiste-t-on à une transformation sincère, à une stratégie de survie, ou à l’intériorisation d’une domination ? On pense aussi au syndrome de Stockholm.
C’est là que Good Boy devient le plus intéressant. Il joue avec une idée que beaucoup n’oseraient pas formuler : et si une éducation “à la dure” pouvait remettre le pire délinquant dans le droit chemin ? Le film ne cesse de provoquer cette pensée, de la rendre presque séduisante, avant de nous rappeler que cette efficacité apparente repose sur un rapt, une séquestration, une manipulation et une destruction de la liberté individuelle. Si Tommy devient “meilleur”, à quel prix le devient-il ?
Il faut aussi saluer la performance d’Anson Boon, particulièrement convaincant dans le rôle de Tommy, ce “good boy” en devenir, ou plutôt en fabrication. L’acteur parvient à rendre perceptible toute l’ambiguïté du personnage : sa violence initiale, sa résistance, sa peur, puis cette forme d’adoucissement progressif qui trouble autant qu’elle inquiète.
Troublant, cruel, parfois presque ironique, Good Boy interroge notre rapport à la punition, à l’éducation et à la rédemption.
Fiche technique :
Titre : Good Boy
Réalisation : Jan Komasa
Avec : Stephen Graham, Andrea Riseborough, Anson Boon
Pays : Pologne, Royaume-Uni
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 24 juin 2026 (Belgique)
Durée : 1h50

