BERLIN 2026 : « Narciso » de Marcelo Martinessi

Paraguay, 1959. À Asunción, une nouvelle musique fait irruption dans les foyers : le rock’n’roll. Diffusé à la radio, il apporte avec lui une sensation de vitesse, de chaleur et le vague espoir d’un changement possible. La ville semble soudain plus jeune, plus libre, comme momentanément en décalage avec elle-même. Mais au même moment, un autre rythme s’impose — plus lent, plus lourd — celui d’un ordre moral qui discipline les corps, resserre les comportements et redéfinit ce qui peut être vu, désiré ou exprimé.

Dans ce contexte tendu, le musicien charismatique Narciso devient le symbole d’une liberté fragile. Sa jeunesse, son corps et sa manière d’habiter la nuit résonnent avec la promesse subversive du rock. Mais cette visibilité devient rapidement dangereuse : ce qui passait autrefois inaperçu attire désormais suspicion et jugement. Alors que le régime renforce son contrôle, la moralité s’installe comme un outil de surveillance intime, façonnant peu à peu les destinées individuelles.

Le film impressionne par la qualité de sa réalisation et par un travail très soigné sur la couleur, qui accompagne subtilement l’évolution du récit. Marcelo Martinessi capte avec finesse cette période où la modernité musicale vient bousculer un ordre social rigide. La mise en scène, élégante et précise, brille particulièrement dans les scènes de création radiophonique autour du mythe de Dracula, qui viennent instaurer un parallèle théâtral et troublant avec l’histoire de Narciso.

Profondément queer, Narciso explore les zones d’ambiguïté du désir et du pouvoir. Autour du chanteur gravitent de jeunes admiratrices fascinées, évoquant l’hystérie suscitée par Elvis Presley, tandis que le directeur de la radio, derrière une apparente respectabilité, laisse apparaître une quête d’amour masculine restée enfouie. L’arrivée d’un troisième personnage — incarné par Nahuel Pérez Biscayart — vient troubler cet équilibre fragile et révéler les tensions sous-jacentes.

Entre élan musical et pression morale, Narciso raconte le moment où une génération sent l’avenir se refermer sur elle. Un film sensoriel et politique, où le rock’n’roll devient autant une promesse de liberté qu’un révélateur des peurs d’une époque.

Fiche technique :
Titre : Narciso
Réalisation : Marcelo Martinessi
Avec : Diro Romero, Manuel Cuenca, Arturo Fleitas, Margarita Irun, Mona Martinez, Nahuel Pérez Bizcayart
Pays : Paraguay, Allemagne, Uruguay, Brésil, Portugal, Espagne, France
Genre : Drame
Date de sortie : inconnu
Durée : 1h41
Sélection : Section Panorama – Berlinale 2026

Affiche du film « Narciso » de Marcelo Martinessi

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