CINEMA : « Father Mother Sister Brother » de Jim Jarmusch

Présenté comme le nouveau film de Jim Jarmusch et couronné par le Lion d’Or à la Mostra de Venise 2025Father Mother Sister Brother intrigue autant qu’il divise. Le cinéaste américain y assemble trois courts-métrages pour former un long métrage, chacun consacré à une figure familiale : le père, la mère et la fratrie. Une proposition minimaliste, fidèle à l’univers de Jarmusch… mais qui, à mes yeux, peine à justifier son prestige.

Avant même la projection, les avis étaient contrastés. Un journaliste me confiait s’être profondément ennuyé, tandis qu’un ami proche disait avoir apprécié le film, malgré des scènes de voiture manifestement tournées en studio — et des scènes de voiture, il y en a beaucoup. Pour ma part, l’expérience fut plus radicale encore : je me suis assoupi dès le générique. Réveillé rapidement par des rires nourris dans la salle, ma curiosité a été piquée au vif. Je suis donc resté. Jusqu’au bout. Et pourtant… l’ennui est revenu.

Jarmusch propose trois récits autonomes, liés par un thème commun : la famille, et surtout la méconnaissance profonde qui sépare les générations. Dans Father, un père reçoit son fils et sa fille. Il dissimule sa véritable situation financière en redécorant sa maison pour paraître plus pauvre qu’il ne l’est, dans le but de soutirer de l’argent à ses enfants. Dans Mother, une mère accueille une fois par an ses deux filles, chacune dissimulant son mal-être aux autres, dans une atmosphère feutrée et silencieuse. Enfin, Sister Brother met en scène des jumeaux confrontés à la mort de leurs parents : en vidant l’appartement familial, ils découvrent des documents troublants laissant supposer que leurs parents menaient une double vie.

Sur le papier, les situations sont prometteuses. À l’écran, elles restent dramatiquement atones. Les dialogues sont rares, les silences lourds, le scénario extrêmement ténu. Jarmusch pousse son esthétique du vide à un point où elle finit par se retourner contre le film. Là où le silence devrait révéler des failles, il devient ici un simple étirement du temps car l’astuce scénaristique est utilisée dans chaque court.

Et puis, il y a des éléments qui reviennent à chaque fois comme la Rolex, un point vue sur l’eau, un rapport à la bagnole, la présence de skaters mais sans jamais comprendre pourquoi ces éléments futiles apparaissent et quel rapport ont-ils les uns aux autres ? Pour une partie du public, ces éléments donnent l’impression de signes plaqués, déconnectés les uns des autres, renforçant le sentiment d’un film plus conceptuel qu’émotionnel. À l’opposé, pour les ‘pro’, les motifs récurrents fonctionnent comme des rimes visuelles, des points d’ancrage symboliques qui relient les trois récits et traduisent une forme de circulation du temps, du mouvement et de l’héritage.

Le film divise et donc, je me suis penché sur les critiques présentent sur le net pour confronter mon avis.

Une partie de la critique salue une œuvre d’une grande délicatesse, voyant dans le film une forme de poésie du silence. Les défenseurs de Father Mother Sister Brother mettent en avant la cohérence visuelle de l’ensemble, la rigueur de la mise en scène et la capacité de Jarmusch à faire émerger des émotions à partir de situations presque insignifiantes en apparence.

Certains critiques évoquent également un film profondément mélancolique, où l’absence de dialogues et l’étirement du temps seraient des choix assumés, permettant au spectateur de projeter sa propre expérience familiale dans les silences et les ellipses. Dans cette lecture, Father Mother Sister Brother serait moins un récit qu’un espace de contemplation, un film qui demande de lâcher toute attente narrative pour se laisser porter par une atmosphère.

À l’inverse, de nombreuses voix expriment une réelle frustration face au film. Pour ses détracteurs, Jarmusch pousse ici son minimalisme jusqu’à l’assèchement. Les scénarios sont jugés trop ténus, les silences pesants plutôt que signifiants, et les trois segments apparaissent inégaux, sans véritable montée dramatique. Là où certains voient de la subtilité, d’autres perçoivent une vacuité assumée, voire un exercice de style auto-référentiel.

La réception du film semble ainsi largement dépendre de la relation que l’on entretient avec le cinéma de Jim Jarmusch. Les amateurs de son œuvre y voient une forme d’épure ultime, presque testamentaire. Les autres parlent d’un Jarmusch mineur, respecté davantage pour son statut d’auteur que pour la force intrinsèque du film. La récompense suprême obtenue à Venise n’a fait qu’accentuer ce clivage, certains y voyant la consécration d’un geste radical, d’autres un prix accordé plus à un nom qu’à un film.

Fiche technique :
Titre : Father Mother Sister Brother
Réalisation : Jim Jarmusch
Avec : Cate Blanchett, Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Adam Driver, Tom Waits, Mayim Bialik, Indya Moore, Françoise Lebrun
Pays : États-Unis, France, Italie, Allemagne, Irlande
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 07 janvier 2026 (Belgique)
Durée : 1h50
Sélection et récompense : Lion D’Or à la Mostra de Venise en 2025

Affiche du film « Father Mother Sister Brother » de Jim Jarmusch

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