CINEMA : « Nuremberg » de James Vanderbilt

Avec Nuremberg, James Vanderbilt s’attaque à l’un des moments fondateurs de la justice moderne : le procès intenté par les Alliés aux dirigeants nazis après la chute du régime hitlérien en 1945. Plutôt que de se limiter à la reconstitution judiciaire, le film choisit un angle plus trouble et profondément humain : celui de l’évaluation psychiatrique des criminels de guerre, menée par le psychiatre militaire américain Douglas Kelley, chargé de déterminer s’ils sont aptes à être jugés.

Dès ses premières minutes, le film s’impose comme une œuvre dense et captivante. Malgré sa durée conséquente, Nuremberg happe le spectateur immédiatement, notamment par l’usage d’images d’archives d’une violence extrême, impossibles à soutenir sans malaise. Ces images, loin d’être décoratives, fonctionnent comme un rappel brutal et nécessaire de l’horreur systématique du régime nazi. Elles résonnent avec une actualité inquiétante : à l’heure où l’administration Trump, ses soutiens MAGA et les opérations menées par l’ICE expulsent, déportent et enferment des milliers de personnes, tandis que plusieurs pays européens suivent la même pente sous l’impulsion de l’extrême droite, jouant sur la peur de l’autre et du migrant. Les parallèles sont immédiats, glaçants, et rendent le film profondément contemporain.

Le cœur du récit repose sur la relation entre Douglas Kelley et Hermann Göring, bras droit d’Hitler, stratège manipulateur et figure centrale du régime nazi. Cette confrontation psychologique constitue la colonne vertébrale du film. Rami Malek, magistral, incarne un psychiatre rigoureux mais progressivement déstabilisé par son sujet d’étude, tandis que Russell Crowe livre une performance impressionnante de Göring, charismatique, séduisant, terrifiant de maîtrise et d’arrogance. À certains moments, le film nous place dans une position inconfortable : une forme d’empathie fugace pour Göring surgit, exactement comme elle surgit chez Kelley lui-même. Mais James Vanderbilt ne laisse jamais cette ambiguïté dériver. Il nous ramène sans cesse à l’essentiel : Göring est un bourreau, responsable direct de crimes de masse.

Cette mécanique de séduction est précisément ce que le film démonte avec intelligence. Göring ne nie pas frontalement ; il rationalise, charme, détourne, teste les failles morales de son interlocuteur. Le film montre avec acuité comment le mal peut se présenter sous les traits de la normalité, voire de l’intelligence brillante — une leçon fondamentale à l’heure où les discours extrémistes se parent de rhétoriques policées et de slogans prétendument rationnels.

Ce qui m’a étonné, c’est le sort réservé à l’époque à la femme et à la fille de Göring, une sorte de protection comme si elles étaient restées en périphérie du mal. Or, l’histoire a montré que les épouses et proches des bourreaux ont parfois joué des rôles d’influence, de soutien ou de légitimation tout aussi problématiques.

Le film alterne ainsi entre l’arrestation de Göring, ses échanges avec Kelley, et le déroulement du procès de Nuremberg lui-même. Ce procès constitue un tournant historique majeur : pour la première fois, des dirigeants d’un État sont jugés non seulement pour des crimes de guerre, mais pour des crimes contre l’humanité. Nuremberg pose les bases du droit international moderne, affirme que l’obéissance aux ordres ne saurait constituer une excuse, et établit un principe fondamental : même les plus puissants doivent répondre de leurs actes devant la justice. Ce socle juridique continue de structurer notre rapport à la justice internationale, même s’il est aujourd’hui fragilisé et contesté.

Nuremberg n’est donc pas seulement un film historique. C’est une œuvre de vigilance. Un rappel que la barbarie ne surgit jamais sans préparation idéologique, et que la justice, aussi imparfaite soit-elle, demeure un rempart essentiel contre la répétition de l’Histoire. Long, exigeant, parfois éprouvant, le film de James Vanderbilt s’impose comme une œuvre nécessaire, qui regarde le passé droit dans les yeux pour mieux interroger notre présent.

Fiche technique :
Titre : Nuremberg
Réalisation : James Vanderbilt
Avec : Rami Malek, Russell Crowe, Michael Shannon
Pays : États-Unis, Hongrie
Genre : Drame historique, Guerre
Date de sortie : 28 janvier 2026 (Belgique – France)
Durée : 2h28

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