Avec Ma Frère, Lise Akoka et Romane Gueret signent un film d’une justesse rare, porté par une énergie brute et une sincérité bouleversante. Sous les apparences d’une comédie estivale, presque légère, le film déploie en réalité un discours profondément politique sur la France d’aujourd’hui, celle que l’on regarde trop peu — ou que l’on préfère ne pas voir.
Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances et accompagnent, dans la Drôme, une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix, dessiner leur avenir, et peut-être réinventer leur amitié.
Le film montre la France métissée d’aujourd’hui, celle des quartiers populaires, des familles que l’on parque dans des HLM et que l’on oublie aussitôt passées les promesses électorales. Une France vivante, drôle, imparfaite, bruyante, émouvante. Une France qui, à n’en pas douter, donnera des boutons à Éric Zemmour et à toute une frange de l’extrême droite : ici, on ne parle pas un français académique, la grammaire est parfois bancale, les mots débordent. Mais ce langage est celui du réel. Et il charrie une énergie positive, des sentiments d’une beauté désarmante, une humanité à laquelle on s’attache immédiatement.
On a envie qu’ils et elles s’en sortent. Toustes. Et c’est précisément là que Ma Frère est politique. Derrière la comédie, le film parle d’abandon, d’inégalités structurelles, de ces quartiers que l’État regarde de loin, promet beaucoup, puis oublie aussitôt les élections passées. Le film pose une question simple, presque naïve, mais essentielle : que se passerait-il si l’on donnait une vraie chance — une seule — à chacun de ces gamins ? Peut-être que la vie serait plus belle. Peut-être que la haine serait moins haute dans les sondages. Peut-être que la peur de l’autre n’existerait même pas.
Le travail des deux réalisatrices est remarquable. Elles ont recréé une véritable colonie de vacances pour placer les enfants dans des conditions réelles, proches de ce qu’ils devaient jouer. Et le résultat est bluffant. Les enfants sont impressionnants de naturel, de présence, de sincérité. Rien ne sonne faux. Tout respire le vécu. Une telle justesse de jeu force l’admiration — et l’épuisement par procuration. Car une chose est sûre : après ce film, une évidence s’impose… jamais je ne voudrais travailler avec des gamins. C’est d’une difficulté folle. Quelle énergie ! Quelle responsabilité ! Quelle bienveillance aussi. C’est un truc de ouf, Ma Frère.
Le film aborde également, presque à pas feutrés, la question de la trans-identité. Un sujet auquel on ne s’attend pas ici, et qui est pourtant amené avec une naturel désarmant. Ce qui frappe, c’est que le problème ne vient jamais des enfants, mais d’un adulte. Comme si le film rappelait, avec une grande douceur, que les préjugés ne sont pas innées chez les enfants : elles sont imposées, construites, souvent déformées par le regard malveillant ou inquiet des adultes.
Ma Frère est un film lumineux, généreux, traversé par une énergie collective rare. Un film qui donne de l’espoir sans être naïf, qui fait rire tout en pointant des réalités sociales dures, et qui rappelle que le cinéma peut être un formidable outil pour regarder la société autrement.
Un film profondément humain. Et profondément nécessaire.
Fiche technique :
Titre : Ma Frère
Réalisation : Lise Akoka, Romane Gueret
Avec : Amel Bent, Shirel Nataf, Fanta Kebe, Idir Azougli, Suzanne de Baecque, Zakaria Lazab
Pays : France
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 07 janvier 2026 (France) – 14 janvier 2026 (Belgique)
Durée : 1h52
Sélections : Cannes Première – Festival de Cannes 2025 – Cinemamed 2026

