CANNES 2026 : « 9 Temples to Heaven » de Sompot Chidgasornpongse

Présenté en première mondiale à la Quinzaine des Cinéastes 20269 Temples to Heaven — ou 9 temples vers le ciel — marque le passage au long métrage de fiction du cinéaste thaïlandais Sompot Chidgasornpongse. Le film, d’une durée de 140 minutes, est également en lice pour la Caméra d’or, récompense décernée à un premier film. Le réalisateur, longtemps assistant d’Apichatpong Weerasethakul, s’inscrit ici dans un cinéma de l’observation, du silence et de la sensation, tout en développant un récit familial d’une grande limpidité apparente. 

Le point de départ pourrait presque tenir du conte moral. Après qu’une voyante lui a annoncé que sa mère âgée pourrait bientôt mourir, Sakol décide d’organiser, en une seule journée, un pèlerinage dans neuf temples. L’objectif est clair : conjurer le sort, prolonger la vie, accomplir ce que la tradition impose ou, du moins, ce que certains membres de la famille croient encore devoir accomplir. Dans un van, trois générations se retrouvent embarquées dans ce voyage à travers les splendeurs de l’architecture thaïlandaise, avec leurs croyances, leurs tensions, leurs contradictions et leurs silences. 

Mais derrière ce dispositif presque rituel, 9 Temples to Heaven raconte surtout autre chose : une vieille femme que l’on transporte d’un temple à l’autre alors qu’elle n’a rien demandé. C’est là que le film trouve sa force la plus troublante. Le pèlerinage, censé être un acte d’amour et de protection, devient peu à peu une forme de contrainte. La famille veut bien faire. Elle croit agir pour son bien. Mais le film laisse apparaître, dans chaque geste, dans chaque déplacement, dans chaque attente, une question plus dérangeante : à quel moment l’amour familial cesse-t-il d’écouter celui ou celle qu’il prétend sauver ?

La vieille mère est presque muette. Elle dort, s’épuise, regarde par la fenêtre de la voiture. Son regard est parfois hagard, comme si elle était déjà ailleurs, ou comme si le monde autour d’elle était devenu trop bruyant, trop agité, trop décidé à sa place. On lui demande de prier, de joindre les mains, de participer au rituel. Mais le film montre magnifiquement que ses mains ne semblent plus vraiment croire à tout cela. Elles obéissent à peine. Elles répètent un geste vidé de son élan. Ce n’est pas une révolte ouverte, encore moins un refus spectaculaire. C’est plus discret, plus douloureux : le corps dit ce que la parole ne formule plus.

C’est précisément dans cette attention au corps fatigué que Sompot Chidgasornpongse touche juste. La mère n’est jamais réduite à un symbole. Elle n’est pas seulement la figure de la vieillesse, de la mort ou de la tradition. Elle est une présence fragile, déplacée, ballottée, épuisée par la volonté des autres. Autour d’elle, les anciens de la famille considèrent ce pèlerinage comme nécessaire, presque vital. Les plus jeunes, eux, semblent beaucoup plus détachés de la religion. Ils accompagnent, mais sans y croire vraiment. Ils sont là parce qu’il faut être là, parce que la famille fonctionne encore comme un cadre auquel on se soumet, même lorsque le sens s’est perdu.

L’architecture des temples thaïlandais joue évidemment un rôle essentiel. Elle offre au film une beauté visuelle incontestable, mais cette beauté n’est jamais simplement décorative. Les temples deviennent les étapes d’un parcours spirituel autant que les stations d’un épuisement.

Sompot Chidgasornpongse signe un premier long métrage patient, ample et exigeant.

Fiche technique :
Titre : 9 Temples to Heaven
Réalisation : Sompot Chidgasornpongse
Avec : Amara Ramnarong, Surachai Ningsanond, Jirawut Chiwaruck
Pays : Thaïlande, Singapour, France
Genre : Drame
Date de sortie : Inconnu
Durée : 1h31
Sélection : Quinzaine des Cinéastes – Festival de Cannes 2026

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