La compétition bat son plein sur la Croisette. Jour après jour, les films se dévoilent, les débats s’affinent, les enthousiasmes se confirment — ou s’éteignent — et les festivaliers commencent peu à peu à se faire une idée plus précise de ce que pourrait être la future Palme d’or. Mais prudence : il reste encore quatre jours de compétition, de nombreux films à découvrir, et Cannes aime souvent redistribuer les cartes jusqu’au dernier moment.
Dans ce nouveau live Instagram, à retrouver sur le compte de Mister Emma, Nicolas Gilson, programmateur du Cinéma Palace à Bruxelles, revient sur quatre nouveaux films vus sur la Croisette : deux œuvres en compétition officielle et deux propositions présentées à Un Certain Regard.
En compétition officielle, L’Inconnue de Arthur Harari réunit Léa Seydoux et Niels Schneider dans un film fantastique et psychologique autour de l’identité, du trouble et du double. Le film suit David Zimmerman, photographe solitaire, entraîné par des amis dans une fête étrange. Il y croise Eva, une femme mystérieuse qu’il suit dans la nuit. Au réveil, sa vie a basculé : il se retrouve dans le corps de cette inconnue. Après avoir bouleversé la Croisette la veille avec Gentle Monster, Léa Seydoux revient donc au cœur de la compétition, cette fois face à Niels Schneider, lui aussi remarqué dans Si tu penses bien. À Cannes, on commence d’ailleurs à avoir cette impression étrange de voir revenir souvent les mêmes visages, comme si certains acteurs et actrices traversaient plusieurs films à la fois, multipliant les présences, les rôles et les secousses émotionnelles.
Toujours en compétition, Fjord marque le retour de Cristian Mungiu, Palme d’or en 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve, le film suit un couple roumano-norvégien très croyant qui s’installe dans un village isolé au bord d’un fjord. Leur arrivée attire bientôt l’attention et fait remonter tensions, regards extérieurs et lignes de fracture au sein de cette communauté. Avec ce nouveau film, Mungiu semble retrouver ses grands thèmes : la morale, la pression sociale, la famille, la culpabilité et la manière dont un groupe peut peu à peu enfermer ceux qui s’en écartent.
Dans la section Un Certain Regard, Nicolas Gilson a également découvert Les Fraises de Laïla Marrakchi, avec Nisrin Erradi et Hajar Graigaa. Le film suit Hasna et Meriem, deux jeunes femmes qui quittent le Maroc pour rejoindre l’Andalousie comme saisonnières dans les serres de fraises. Parties avec l’espoir d’offrir une vie meilleure à leurs familles, elles se heurtent rapidement à la violence d’un système d’exploitation. Ensemble, elles décident de se révolter, au risque de tout perdre. Un film social et politique sur le travail invisible, la migration économique et la solidarité féminine.
Toujours à Un Certain Regard, Le Corset de Louis Clichy apporte une respiration animée à cette journée cannoise. Dans une ferme de la Beauce, Christophe, 11 ans, tente de grandir sous le regard d’un père autoritaire. Après un accident de tracteur, il est contraint de porter un corset orthopédique pour “filer droit”. Mais alors que la ferme traverse une période difficile, l’enfant trouve dans la musique, l’imagination et la rencontre avec Clara une voie pour échapper à l’étau familial. Film d’animation belgo-français, Le Corset mêle récit d’enfance, monde rural et émancipation intime.
Entre les jeux de doubles de L’Inconnue, la tension morale de Fjord, la colère sociale des Fraises et la délicatesse animée du Corset, cette nouvelle journée confirme que Cannes 2026 entre dans sa phase la plus passionnante : celle où les films ne sont plus seulement découverts, mais comparés, défendus, contestés, parfois déjà pressentis pour le palmarès.
Et si les pronostics commencent à circuler dans les files d’attente, les salles et les conversations de fin de projection, Mister Emma et Nicolas Gilson rappellent qu’à Cannes, rien n’est jamais joué trop tôt. Il reste encore des films à voir, des surprises possibles, des déceptions à venir — et peut-être, quelque part dans les prochains jours, la future Palme d’or qui attend encore son heure.
