CINEMA : « Club Kid » de Jordan Firstman

J’ai énormément ri devant Club Kid. Et j’ai énormément pleuré aussi.

C’est probablement ce qui rend le premier long métrage de Jordan Firstman aussi précieux : il réussit à être profondément drôle sans jamais sacrifier l’émotion, et bouleversant sans devenir mélodramatique. Club Kid est un film exubérant, tendre, trash par moments, mais surtout incroyablement humain.

Peter vit à New York dans un monde où la nuit semble ne jamais devoir s’arrêter. Il organise des soirées, prend des drogues, couche, danse, recommence. Autour de lui gravitent des personnages hauts en couleur, des corps extravagants, des personnalités excessives, une communauté queer qui semble avoir inventé ses propres règles, son propre langage et son propre rythme.

Puis Arlo arrive.

Dix ans. Un fils dont Peter ignorait l’existence. Un enfant débarqué au milieu d’un univers dans lequel, objectivement, il n’a rien à faire.

Et pourtant, c’est précisément là que le film devient magnifique.

Jordan Firstman aurait facilement pu raconter une histoire assez conventionnelle : celle d’un adulte irresponsable obligé d’abandonner la fête pour enfin devenir un « vrai » adulte. Mais Club Kid est beaucoup plus subtil que cela. Peter n’a pas à renier ce qu’il est pour devenir père. Il doit simplement découvrir qu’une autre personne peut désormais compter davantage que lui-même.

Le film parle donc moins de rédemption que de transformation.

Peter reste Peter. Il est excessif, maladroit, égocentrique, parfois complètement à côté de la plaque. Mais devant cet enfant, quelque chose se fissure. Pour la première fois peut-être, son existence ne tourne plus uniquement autour de son plaisir, de son image ou de la prochaine soirée.

Et Jordan Firstman est bouleversant dans ce rôle.

Il en fait au contraire un homme d’une immense fragilité, souvent ridicule mais jamais méprisable. Derrière les blagues, les drogues et l’exubérance apparaît progressivement une question beaucoup plus intime : qu’est-ce qu’être père lorsqu’on n’a jamais imaginé pouvoir le devenir ?

Le petit Arlo, interprété par Reggie Absolom, est pour beaucoup dans la réussite du film.

Firstman refuse d’opposer la famille à la communauté queer. Le film ne raconte pas qu’il faudrait quitter ce milieu pour devenir responsable. Bien au contraire : cette bande de personnages improbables devient progressivement une famille autour de l’enfant.

Cette impression de vérité doit énormément au casting. Firstman tenait à ce que son film soit habité par des personnes réellement issues de cet univers plutôt que par une collection d’acteurs venant l’imiter. Aux côtés de Cara Delevingne apparaissent ainsi de véritables personnalités de la scène queer et nocturne new-yorkaise, notamment Saturn Risin9, Alaska Riley ou Miss Benny. Amanda Lepore, figure historique de cette culture club, participe elle aussi à cet imaginaire.

Ce souci d’authenticité va jusque dans leur manière de parler. Le scénario reprend le véritable argot utilisé dans cette communauté, notamment pour parler des drogues, avec des termes comme « kundling » ou « bundling ». Firstman a expliqué avoir abordé ce langage presque comme un anthropologue : il voulait conserver les mots d’une sous-culture rarement entendue telle quelle au cinéma, quitte à ce que le spectateur extérieur ne comprenne pas immédiatement chaque référence.

La musique joue évidemment un rôle essentiel dans cette immersion.

Elle était présente avant même que le film existe véritablement. Firstman avait constitué une playlist dès l’écriture du scénario et s’en servait pour retrouver le ton et le rythme de son histoire. Club Kid traverse ainsi les univers d’Ethel Cain, Cocteau Twins, Death Grips, Elliott Smith, Kelela, Arthur Russell, Moby ou encore Hercules and Love Affair.

Et lorsque Peter partage cette musique avec Arlo, elle devient autre chose. Elle n’est plus seulement la bande-son d’une nuit qui n’en finit jamais. Elle devient un moyen de transmission.

C’est très beau.

Enfin, le film parle de la paternité : est-on père parce qu’on a conçu un enfant ? Parce qu’on sait s’en occuper ? Parce qu’on connaît les règles ? Ou simplement parce qu’un jour, face à quelqu’un qui dépend de vous, on décide d’être là ?

Fiche technique :
Titre : Club Kid
Réalisation : Jordan Firstman
Avec : Jordan Firstman, Cara Delevingne, Diego Calva
Pays : États-Unid
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 04 novembre 2026 (France) – 11 novembre 2026 (Belgique)
Durée : 2h02
Récompense : Grand Prix au Festival du Film Américain de Deauville (2026)

Affiche du film « Club Kid » de Jordan Firstman

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