L’association Paye Ton Tournage et le collectif Elles Font Des Films initient une série d’actions visant à prévenir et agir contre les violences sexistes et sexuelles au travail.

Bien qu’interdites par la loi et sanctionnées par le code pénal et le code du travail, les violences sexistes et sexuelles — et toutes les formes de violence, notamment le harcèlement et les discriminations — sont fréquentes dans le monde du travail. Selon l’enquête ‘Sexisme, bientôt fini?’ de JUMP, réalisée en Belgique en 2016, plus de 9 femmes sur 10 ont déjà fait l’objet de comportements sexistes sur leur lieu de travail. De quelque nature qu’ils soient, ces agissements nuisent aux personnes qui les subissent et ont des impacts sur leur santé et leur travail.

Le monde de l’audiovisuel belge, et en particulier les plateaux de tournage, ne fait pas exception. Les facteurs de risque y sont particulièrement présents: précarité de l’emploi (de par la nature intermittente des métiers artistiques), recrutement par cooptation, forte hiérarchisation des métiers, loyauté sans faille vis-à-vis d’un projet, enjeux financiers importants, rapports d’intimité manipulés au nom de l’Art, etc. Le contexte particulier des professions artistiques renforce la loi du silence et garantit l’impunité des abuseur.euse.s.

Depuis plusieurs années, des dizaines de témoignages anonymes sont recueillis par Paye Ton Tournage :

  • “Toi, tu es de la bonne chair à faire jouir!” (Un réalisateur à une actrice devant toute l’équipe, avant une prise)
  • “Je te vois, devine qui je suis.” (Sms envoyé par le chef opérateur à la maquilleuse, avec une photo d’elle au travail. Par la suite, il l’a harcelée et embrassée de force sur la bouche)
  • “C’est quand même hallucinant une comédienne grosse!” (Une productrice à propos d’une actrice de 14 ans devant toute l’équipe)
  • “Tu sais, je suis tactile avec tout le monde. On est une grande famille !” (Un réalisateur à une stagiaire scripte)

Alors que de nombreux pays comme la France, la Grande-Bretagne, la Suède ou les États-Unis ont pris des mesures fortes pour lutter contre ces violences et garantir des espaces de travail sécurisés, rien n’a été mis en place en Belgique jusqu’à présent dans le monde de l’audiovisuel : pas de prise de conscience généralisée, pas de sensibilisation, pas de formations ciblées, pas d’espaces d’écoute pour les victimes.

À titre d’exemple, une productrice belge a récemment sollicité le collectif Elles Font Des Films car elle s’est retrouvée démunie face à des violences sexistes et sexuelles de la part d’un comédien vis-à-vis de sa partenaire de jeu. Elle n’avait à sa disposition aucune ressource, aucun outil,  aucun appui juridique, aucune personne référente pour gérer ce problème.

Face à ces violences et ce délaissement, Elles Font Des Films et Paye Ton Tournage se sont saisis du problème et proposent des formations et une série d’outils concrets. 

L’objectif est d’éradiquer ces comportements nuisibles, qui non seulement ne garantissent pas le respect et l’intégrité des travailleur.euse.s de l’audiovisuel belge mais contribuent aussi à en éloigner les femmes, qui en sont les premières victimes.

Pour la création des formations, Elles Font des Films et Paye Ton Tournage se sont associé.es à Marie Becker et Marilyn Baldeck, expertes en la matière, qui animent depuis quatre ans des formations similaires pour le compte du Centre National du Cinéma français. 

Dès octobre, trois types de formations (gratuites) sont proposées en fonction du champ d’action professionnel :

  • à destination des producteur·rice·s, uniquement pour les représentant·e·s légaux de la boîte de production (10/10 /2022 et 15/11/2022);
  • à destination de toute personne travaillant dans le secteur audiovisuel (10/10 /2022 et 15/11/2022);
  • à destination de futur·e·s référent·e·s anti-harcèlement et anti-sexisme, ouverte à toute personne travaillant sur les plateaux, quel que soit son poste, désireuse de faire évoluer les pratiques dans notre secteur (13/12/2022).