CANNES 2025 : « La Danse des Renards » de Valéry Carnoy

Dans un internat sportif où la loi du plus fort règne sans partage, La Danse des Renards explore un territoire rarement abordé avec autant de justesse : celui de la peur intime, tue, refoulée, presque honteuse. Camille, jeune boxeur virtuose promis à un avenir brillant, échappe de justesse à un accident mortel grâce à son meilleur ami Matteo. Les médecins le déclarent guéri. Pourtant, quelque chose s’est fissuré. Une douleur invisible, profondément psychologique, s’installe peu à peu et vient menacer bien plus que sa carrière sportive : son rapport au monde, à lui-même, à la masculinité qu’on lui impose.

Dans cet univers où tout passe par le corps, la performance et la domination, aller mal n’est pas une option. Parler, consulter, douter — encore moins. Camille a peur, mais il ne peut se permettre de la montrer. Il craint le regard des autres, la moquerie, la mise à l’écart. La seule voie qui lui semble acceptable pour affronter cette angoisse reste celle qu’il connaît : le sport, la boxe, la lutte. Comme si la violence physique pouvait contenir le chaos intérieur. Cette lutte sera fatale pour la bonne ambiance du campus, il perd ses amis, ses points d’accroche…

Le film trouve une grande partie de sa force dans son traitement délicat et profondément humain. Rien n’est surligné, rien n’est expliqué de force. Valéry Carnoy filme les silences, les regards fuyants, les corps tendus. Il capte cette période trouble où l’on grandit trop vite, où l’on découvre l’autre — les femmes — tout en apprenant, maladroitement, à se découvrir soi-même. La fraternité masculine, l’amitié comme bouée de sauvetage, devient ici un apprentissage essentiel de la vie.

Camille est incarné avec une justesse bouleversante par Samuel Kircher. Si son nom évoque immédiatement son frère, Paul Kircher, déjà très identifié dans le cinéma français contemporain, Samuel impose ici une présence singulière, plus intérieure, plus fragile. Il ne joue jamais la démonstration. Et c’est précisément ce qui rend son interprétation si touchante. On lit la peur dans son regard avant même qu’elle ne trouve un mot.

La Danse des Renards est un film d’une grande pudeur, mais aussi d’une rare pertinence. Il parle de masculinité sans jamais la juger frontalement, de sport sans glorification excessive, et surtout de cette zone grise où l’on apprend que la vraie force n’est peut-être pas celle que l’on croit. Le film touche juste, profondément. Et lorsque le générique final arrive, difficile de ne pas sentir une émotion monter — discrète, mais tenace. Une petite larme, peut-être. Celle des films qui, sans bruit, restent avec nous.

Fiche technique :
Titre : La Danse des Renards
Réalisation : Valéry Carnoy
Avec : Samuel Kircher, Yoann Blanc, Faycal Anaflous, Guillaume Duhesme
Pays : Belgique, France
Genre : Drame
Date de sortie : 18 mars 2026 (France) – 25 mars 2026 (Belgique)
Durée : 1h32
Sélection : Quinzaine des Cinéastes – Festival de Cannes 2025

Affiche du film « La Danse des Renards » de Valéry Carnoy

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