Ce mercredi 20 mai 2026, la Croisette ne parlait pas uniquement des films projetés à Cannes. Les premiers chiffres du box-office français sont tombés, et ils donnent déjà quelques indications intéressantes sur l’effet festival en salles.
Présenté en ouverture du Festival de Cannes, hors compétition, La Vénus électrique de Pierre Salvadori réalise un très beau démarrage et se hisse à la 3e place du box-office français, avec environ 330.000 entrées. Un joli signe pour cette comédie franco-belge qui avait ouvert la 79e édition sous les projecteurs cannois. De son côté, Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, présenté en compétition officielle et sorti en salles en même temps que sa projection à Cannes, démarre plus timidement, à la 9e place, avec environ 160.000 entrées.
Pendant ce temps, Disney sort presque en catimini un nouvel opus de la saga Star Wars : The Mandalorian and Grogu, réalisé par Jon Favreau. Étrange date de sortie, étrange discrétion promotionnelle pour le grand retour de la franchise au cinéma depuis L’Ascension de Skywalker en 2019. Le film prolonge l’univers de la série The Mandalorian, dont les trois premières saisons avaient installé Din Djarin et Grogu comme nouveaux visages emblématiques de la galaxie. À l’origine, ce projet devait poursuivre la série sous la forme d’une quatrième saison, avant que les grèves hollywoodiennes, notamment la grève SAG-AFTRA, ne ralentissent son développement et que Lucasfilm privilégie finalement le format long métrage.
Reste à voir, la semaine prochaine, si The Mandalorian and Grogu parviendra à bousculer le box-office français. Pour l’instant, Michael semble indétrônable : depuis quatre semaines, le film continue de dominer les entrées et dépasse désormais les 4,5 millions de spectateurs. La force sera-t-elle assez puissante pour déloger le roi de la pop ?
Mais à Cannes, un autre sujet occupe toutes les conversations : l’affaire Bolloré / Canal+. Depuis la publication, dans Libération, d’une lettre ouverte signée initialement par plusieurs centaines de professionnels du cinéma pour dénoncer l’influence grandissante de Vincent Bolloré sur le secteur, la polémique ne cesse d’enfler. Le patron de Canal+, Maxime Saada, n’a pas du tout digéré cette tribune et a annoncé qu’il ne souhaitait plus travailler avec les signataires. Une réaction perçue par beaucoup comme une véritable liste noire, d’autant plus sensible que Canal+ reste un financeur central du cinéma français.
Face à la pression, certains tentent désormais de prendre leurs distances avec le texte, expliquant du bout des lèvres qu’il aurait été mal rédigé. Mais dans le même temps, la mobilisation s’élargit : les signataires ne sont plus seulement quelques centaines, mais plus d’un millier — voire davantage selon les décomptes évoqués — à partager les craintes exprimées par cette tribune.
Et pendant que le monde du cinéma s’interroge sur son indépendance, Cyril Hanouna, désormais sur W9, poursuit ses attaques contre le Festival de Cannes. Officiellement sorti du giron de Canal+, il continue pourtant à porter, émission après émission, une ligne idéologique qui semble prolonger celle de son ancien patron. Comme si l’empire Bolloré avait désormais trouvé, hors de ses propres murs, une nouvelle caisse de résonance.
Dans ce climat tendu, Mister Emma et Nicolas Gilson, programmateur du Cinéma Palace à Bruxelles, poursuivent leur rendez-vous quotidien sur Instagram. Dans ce nouveau live, ils reviennent sur plusieurs films présentés sur la Croisette, dont trois titres en compétition officielle.
Premier événement du jour : le retour de Pedro Almodóvar en compétition avec Autofiction, titre français de Amarga Navidad. Pour sa septième participation à la compétition cannoise, le cinéaste espagnol signe une œuvre très personnelle, construite autour de la création, de la mémoire et de la mise en abyme. Le film suit notamment Elsa, une réalisatrice publicitaire confrontée à des migraines pendant Noël 2004, et Raul, cinéaste anxieux qui apparaît peu à peu comme un double d’Almodóvar lui-même. Un film sur l’écriture, l’artifice, le souvenir et la manière dont les films finissent parfois par remplacer la vie comme matière première du cinéma.
En compétition officielle, Nicolas Gilson a également découvert Minotaure d’Andreï Zviaguintsev. Le film se déroule en Russie, en 2022, et suit Gleb, chef d’entreprise prospère vivant avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Alors que les tensions professionnelles s’accumulent dans un pays de plus en plus instable, l’existence soigneusement construite de Gleb bascule progressivement dans la violence. Un retour attendu pour le cinéaste russe, dans un registre où l’intime, le politique et la brutalité du monde semblent une nouvelle fois se rejoindre.
Autre film en compétition, Notre salut d’Emmanuel Marre, coproduction franco-belge. Le film nous plonge en 1940, à Vichy, où Henri Marre arrive avec l’espoir de publier un manuscrit qu’il croit encore capable d’arracher la France à l’emprise du régime vichyste. Mais dans une ville gagnée par la résignation, les compromissions et la peur, son idéal se heurte à une réalité beaucoup plus sombre. Porté notamment par Swann Arlaud et Sandrine Blancke, Notre salut confirme aussi la belle présence belge dans cette compétition cannoise.
Enfin, le live revient sur Le Triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz, présenté en Séance spéciale. Premier long métrage de la réalisatrice, le film suit Laura, qui accepte un emploi auprès de Souria, une riche Saoudienne installée dans un hôtel particulier du Triangle d’or parisien. Avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri et Kassem Al Khoja, le film s’annonce comme un thriller psychologique où rapports de classe, domination, fascination et enfermement se croisent dans un décor de luxe.
Entre chiffres du box-office, polémique Canal+ et films en compétition, ce nouveau live de Mister Emma et Nicolas Gilson confirme que Cannes 2026 se joue sur plusieurs scènes à la fois : dans les salles, bien sûr, mais aussi dans les médias, les couloirs, les tribunes, les plateaux télé et les classements du mercredi matin.
La compétition entre dans sa dernière ligne droite. Les favoris commencent à se dessiner, les débats se durcissent, les tensions débordent. Mais il reste encore quelques jours, encore des films à découvrir, et à Cannes, une Palme d’or peut toujours surgir là où on ne l’attendait plus.
