Antoine vans n’en est pas à son premier coup d’essai. Avant L’Affaire Grido, il avait déjà réalisé L’Assureur et Souviens-toi des Cacahouètes. Trois longs métrages donc, produits en dehors des circuits traditionnels, avec des moyens particulièrement limités.
Son premier film aurait coûté autour de 15 000 euros, le deuxième environ 30 000. C’est très peu à l’échelle d’un long métrage. Et en même temps énormément lorsque l’on sait qu’Antoine Vans produit lui-même ses films, sans structure lourde derrière lui.
Je connais un peu le parcours d’Antoine puisqu’il a effectué son stage d’études au sein des Délires Productions. Depuis, il a construit film après film une manière très personnelle de faire du cinéma.
Et ce qui est assez sympathique dans cette aventure, c’est que l’on retrouve progressivement autour de lui une sorte de compagnie. Pas une compagnie théâtrale, mais presque une compagnie cinématographique : des comédiens reviennent d’un film à l’autre, des visages deviennent familiers, un univers se construit.
L’Affaire Grido s’inscrit parfaitement dans cette logique.
À l’origine, le projet prend la forme d’une série de petits épisodes diffusés sur les réseaux sociaux. Antoine Vans transforme ensuite cette matière pour en faire un long métrage. Et cela se ressent dans le rythme du film : les situations s’enchaînent rapidement, les personnages apparaissent, disparaissent, reviennent, et les rebondissements se multiplient.
Le tout est porté par un humour volontairement absurde.
On démarre avec une affaire de cambriolage dans un ministère, avant de voir l’histoire partir progressivement dans toutes les directions. Deux podcasteuses se lancent dans l’enquête, accompagnées d’un chauffeur qui se rêve en agent secret, tandis qu’un ministre au nom improbable de Gauche-Caviar semble cacher quelques secrets.
Très vite, le film joue avec les codes du thriller politique, du film d’espionnage et de la comédie, sans jamais vraiment chercher à respecter les règles de l’un ou de l’autre.
Et c’est finalement là que se trouve son charme.
L’Affaire Grido ne cherche pas à ressembler à une grosse production. Le film assume ses moyens, son bricolage, son rythme parfois étrange et cette liberté de ton qui lui permet de passer d’une situation à une autre avec une certaine insouciance.
Mais derrière cette légèreté se cache aussi une réalité beaucoup moins visible : faire un film reste une aventure extrêmement difficile.
Parce que le cinéma que nous voyons dans les salles ne représente qu’une petite partie de ce qui est réellement produit. Il existe tout un cinéma parallèle, indépendant, autoproduit, qui vit en dehors des circuits institutionnels et des réseaux de distribution traditionnels.
Antoine vans distribue lui-même ses films, notamment à travers différentes plateformes de vidéo à la demande. Il n’a pas de distributeur attitré pour accompagner chaque sortie.
Cette situation me parle évidemment.
Mes propres documentaires ne sont pas soutenus par la Commission de sélection de la Fédération Wallonie-Bruxelles et doivent eux aussi trouver leur public par d’autres chemins : festivals, télévisions, projections événementielles, plateformes ou rencontres.
Il existe donc tout un cinéma qui circule en dehors des routes balisées. Un cinéma moins visible, mais pas moins vivant.
L’Affaire Grido en est un bon exemple.
Alors si vous tombez un jour sur un film d’Antoine vans sur une plateforme, n’hésitez pas à cliquer. Vous passerez probablement un bon moment. Et surtout, vous soutiendrez une autre manière de faire du cinéma belge : un cinéma indépendant… ou peut-être faudrait-il dire un cinéma “en dehors”, plus encore qu’indépendant.
Fiche technique :
Titre : L’Affaire Grido
Réalisation : Antoine vans
Avec : Jeanne Abraham, Chadia Ben-Geloune, Benoît Berben, Christophe Barnier, Erico Salamone
Pays : Belgique
Genre : Comédie
Date de sortie : 18 septembre 2026
Durée : 1h46
