CINEMA : « Le Diable s’habille en Prada 2 » de David Frankel

On peut tout à fait regarder Le Diable s’habille en Prada 2 sans avoir revu le premier film. L’intrigue se tient, les personnages existent, le plaisir immédiat fonctionne. Mais il serait dommage de se priver d’un retour au film de 2006, tant cette suite joue précisément sur la mémoire, les nuances, les clins d’œil scénaristiques et l’évolution des personnages.

Car vingt ans ont passé. Et ce temps-là compte.

Revoir le premier volet permet de mieux comprendre ce qui se rejoue dans cette suite : les rapports de force, les blessures, les fidélités, les inversions de pouvoir, mais aussi la manière dont Andy, Emily, Nigel et Miranda Priestly ont traversé les années. Le film ne repose pas seulement sur une nouvelle intrigue, mais sur tout ce que le spectateur sait déjà de ces personnages. Un regard, une réplique, une situation prennent alors une autre épaisseur.

Et puis il y a Miranda Priestly.

Vingt ans plus tard, la grande prêtresse de Runway se retrouve projetée dans un monde qui a changé. Un monde plus attentif aux rapports de pouvoir, aux violences symboliques, à l’image publique, aux sensibilités contemporaines. Un monde que l’on pourrait dire plus “woke”, et c’est justement là que le film devient drôle. Miranda reste Miranda : froide, brillante, terriblement consciente de son autorité. Mais autour d’elle, tout s’est déplacé. Ce qui passait autrefois pour de l’exigence ou du génie tyrannique se lit aujourd’hui différemment. Le film s’amuse de ce décalage sans jamais complètement trahir le personnage.

Alors oui, on entend déjà certains dire que le premier film était mieux. C’est probablement vrai, si l’on parle de la fraîcheur de la découverte, de la netteté du récit initiatique ou de l’impact immédiat de Miranda Priestly en 2006. Mais faut-il vraiment demander à une suite d’être meilleure que l’original pour être réussie ? Pas nécessairement. Parfois, il suffit qu’elle prolonge intelligemment un univers, qu’elle retrouve ses personnages avec plaisir, et qu’elle nous permette de mesurer le temps écoulé.

D’autant que ce temps n’a pas seulement passé dans la fiction. Il a aussi passé dans la vraie vie.

En 2006, Anne Hathaway et Emily Blunt étaient déjà remarquées, mais elles n’avaient pas encore la place qu’elles occupent aujourd’hui à Hollywood. Depuis, elles ont construit des carrières impressionnantes. Hathaway est devenue une star internationale, capable de passer de la comédie au drame, du blockbuster au film d’auteur, jusqu’à remporter un Oscar. Emily Blunt, révélation comique du premier film, s’est imposée comme l’une des actrices les plus solides de sa génération, aussi à l’aise dans le thriller, le film d’action, le drame que la comédie.

C’est aussi cela que l’on regarde dans cette suite : non seulement Andy et Emily vingt ans plus tard, mais Anne Hathaway et Emily Blunt vingt ans plus tard. Deux actrices devenues des stars, qui reviennent dans un univers qui a accompagné une étape importante de leur carrière. Cette dimension ajoute au film une couche de plaisir supplémentaire, presque méta : les personnages ont évolué, les actrices aussi, et le spectateur avec elles.

C’est pourquoi il ne faut peut-être pas bouder son plaisir. Le Diable s’habille en Prada 2 n’a pas besoin d’effacer le premier film ni de le surpasser. Il suffit qu’il le fasse résonner autrement. Et c’est là, précisément, que cette suite trouve son intérêt : dans la nostalgie, dans le décalage, dans la complicité retrouvée, et dans cette impression joyeuse de retourner voir de vieux amis qui, eux aussi, ont dû apprendre à survivre à leur époque.

Fiche technique :
Titre : Le Diable s’habille en Prada 2
Réalisation : David Frankel
Avec : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Kenneth Branagh, Simone Ashley, Lucy Liu, Justin Theroux, Lady Gaga
Pays : États-Unis
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 avril 2026 (Belgique – France)
Durée : 2h00

Affiche du film « Le Diable s’habille en Prada 2 » de David Frankel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *