Très attendu, abondamment commenté, déjà couvert de prix et de louanges, Marty Supreme arrive sur les écrans précédé d’une réputation presque écrasante. Porté par Timothée Chalamet et signé John Safdie, le film s’annonçait comme l’un des événements cinématographiques majeurs de l’année. Et, à bien des égards, il tient ses promesses. Mais pas sans laisser derrière lui un étrange sentiment de perplexité.
Le film suit Marty Mauser, jeune homme charmeur, légèrement escroc, animé par une ambition sans limites. Prêt à tout pour réussir, il multiplie les stratagèmes, séduit une star de cinéma (Gwyneth Paltrow), traverse les continents et s’invente mille vies pour prouver au monde que rien ne lui est inaccessible. Marty veut exister, coûte que coûte. Quitte à se perdre en chemin.
Sur le papier, le personnage s’inscrit parfaitement dans la galerie de marginaux excessifs chère à John Safdie, déjà à l’œuvre dans Good Times et Uncut Gems. On retrouve ici cette énergie fébrile, ce goût pour les trajectoires chaotiques, cette fascination pour des héros toujours au bord de l’implosion.
Cinématographiquement, Marty Supreme impressionne. La mise en scène est nerveuse, inventive, souvent brillante. La caméra épouse les errances du héros, capte ses emballements, ses chutes, ses fulgurances. Chaque séquence semble pensée pour maintenir le spectateur sous tension. Visuellement et rythmiquement, le film est d’une grande maîtrise.
Timothée Chalamet, lui, s’y investit corps et âme. Littéralement. Il livre une performance totale, physique, émotionnelle, parfois jusqu’à l’excès. On comprend sans peine pourquoi son nom circule autant dans la course aux récompenses. Il habite Marty, le rend à la fois agaçant, touchant, pathétique et fascinant.
Dans une scène particulièrement marquante — et très drôle —, l’acteur n’hésite pas à s’exposer jusqu’au ridicule, allant bien plus loin que Pierre Niney dans Gourou, pourtant déjà généreux de ce point de vue. Là où Niney offrait son torse (qu’one devine qu’il aime beaucoup), Chalamet va jusqu’à offrir ses fesses à un riche homme d’affaire pour se faire frapper devant des convives. Une séquence absurde, cruelle et révélatrice de son engagement total.
Autour de lui, Gwyneth Paltrow apporte une élégance ambiguë, tandis que Fran Drescher, Tyler the Creator, Odessa A’zion et Kevin O’Leary complètent une distribution solide, au service de cet univers instable.
Et pourtant.
Malgré toutes ces qualités, Marty Supreme laisse un goût étrange. Car si le film fascine par sa forme, il désarçonne par son fond.
Il arrive beaucoup de choses à Marty. Trop, peut-être. Déboires, rebondissements, humiliations, succès éphémères : le récit accumule les péripéties. Mais à force d’empiler les épisodes, il finit par perdre sa direction.
On avance, on est captivé, on rit parfois, on s’émeut aussi… mais sans jamais vraiment comprendre où le réalisateur souhaite nous mener. Quelle est la finalité du parcours de Marty ? Que veut réellement nous dire le film sur l’ambition, le mensonge, le rêve américain, la réussite, l’ego ?
À l’issue de la projection, ces questions restent largement ouvertes. Non pas par choix assumé de l’ambiguïté, mais plutôt par manque de point d’ancrage narratif. Le film semble hésiter entre satire, drame psychologique, chronique sociale et fable morale, sans jamais trancher.
Ce flottement scénaristique contraste avec l’accueil triomphal réservé au film. Encensé par The Hollywood Reporter comme « meilleur film de l’année », noté 4/4 sur Rogerebert.com, affichant 94 % sur Rotten Tomatoes et plébiscité sur Letterboxd, Marty Supreme enchaîne les succès critiques et commerciaux. Il est même devenu le plus grand succès d’A24 au Royaume-Uni.
Les récompenses suivent : prix du meilleur ensemble à Boston, Golden Globe du meilleur acteur pour Chalamet, multiples nominations pour le film, la réalisation et le scénario.
Face à cet enthousiasme quasi unanime, le spectateur plus réservé peut se sentir décalé. Non pas parce que le film serait raté — il ne l’est pas —, mais parce qu’il semble parfois confondre intensité et profondeur.
Marty Supreme est un film impressionnant, généreux, souvent brillant, porté par un acteur exceptionnel. Mais il donne aussi l’impression d’un feu d’artifice permanent, dont on admire la beauté sans toujours en saisir le sens.
Résultat : un film fort, marquant, spectaculaire. Un film qu’on admire, qu’on respecte… mais qui laisse, une fois la salle quittée, une question en suspens : et maintenant, qu’est-ce que tout cela voulait vraiment dire ?
Fiche technique :
Titre : Marty Supreme
Réalisation : Josh Safdie
Avec : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Fran Drescher, Tyler the Creator, Odessa A’zion, Kevin O’Leary
Pays : États-Unis
Genre : Drame
Date de sortie : 18 février 2026 (Belgique – France)
Durée : 2h30

