Avec La Femme de ménage (The Housemaid), Paul Feig s’éloigne de la comédie pure pour livrer un thriller domestique tendu et retors, porté par une mise en scène faussement élégante et une intrigue solidement ficelée. Le film, adaptation du best-seller mondial de Freida McFadden, s’inscrit dans une tradition de récits où le vernis du confort bourgeois se fissure peu à peu pour révéler un malaise profond.
En quête d’un nouveau départ, Millie (Sydney Sweeney) accepte un poste de femme de ménage à demeure chez Nina (Amanda Seyfried) et Andrew Winchester (Brandon Sklenar), un couple aussi riche qu’énigmatique. Ce qui s’annonce comme l’emploi idéal se transforme rapidement en un jeu dangereux, mêlant séduction, secrets et manipulations. Derrière les portes closes du manoir Winchester se cache un monde de faux-semblants et de révélations inattendues…
Paul Feig revendique des influences prestigieuses : les intérieurs lumineux et parfaitement ordonnés rappellent les comédies romantiques de Nancy Meyers, mais ce cadre idyllique devient ici un piège. À cette douceur trompeuse s’ajoute une mécanique hitchcockienne dans la gestion du suspense, où le danger se devine plus qu’il ne s’expose frontalement. Le résultat est un équilibre subtil entre élégance formelle et montée progressive de l’angoisse.
Le film repose aussi sur une lecture très fine des rapports de classe. La maison des Winchester fonctionne comme une topographie verticale : les étages des maîtres, vastes et lumineux, dominent l’espace exigu et oppressant réservé à Millie. Cette organisation spatiale devient un langage à part entière, renforcé par un travail précis sur les décors — jusqu’à la chambre mansardée de l’héroïne, filmée comme une véritable prison mentale.
La maison elle-même devient un personnage central : labyrinthe élégant aux murs immaculés, ponctué de touches de rouge vif — signes visuels d’un danger latent. La symbolique est poussée jusqu’à la maison de poupée, reproduction troublante du domaine, qui agit comme un miroir des secrets psychologiques de ses occupants.
Adapté d’un roman vendu à plus de 3,5 millions d’exemplaires, La Femme de ménage réussit le pari délicat de satisfaire les attentes liées à un best-seller tout en proposant une véritable proposition de cinéma. Le film et le livre sont autant de références au cinéma asiatique qui aime ce genre d’intrique comme dans La Servante de Kim Ki-Young (1960), The Housemaid de Im Sang-soo (2010) et The Housemaid: Co Hau Gai de Derek Nguyen (2020). Rien de nouveau finalement sous le sapin de l’intrigue amoureuse et pourtant, ça fonctionne à merveille.
Fiche technique :
Titre : The Housemaid (La femme de ménage)
Réalisation : Paul Feig
Avec : Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Michele Morrone, Elizabeth Perkins
Pays : États-Unis
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 décembre 2025 (Belgique – France)
Durée : 2h12

