CINEMA : « The Plague » de Charlie Polinger

Dans un camp d’été consacré au water-polo, Ben, 12 ans, découvre rapidement les règles d’une petite société particulièrement cruelle. Parmi elles, « la peste », une maladie imaginaire attribuée à l’un des garçons du groupe, Eli, qui devient dès lors le pestiféré que tout le monde évite, humilie et harcèle.

Présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, The Plague a été largement salué par la critique. On a parlé d’un film puissant, d’un regard particulièrement juste sur le harcèlement, les rapports de domination et la violence de l’adolescence.

Je suis nettement moins convaincu.

Et mon premier problème vient du casting — ou, plus précisément, du décalage qu’il provoque à l’écran.

Les personnages ont 12 ou 13 ans, mais certains de ces garçons apparaissent physiquement beaucoup plus jeunes. Leurs corps sont encore ceux de préadolescents et Charlie Polinger choisit pourtant de leur faire tenir des conversations parfois très explicitement sexuelles.

Le réalisateur explique que son film s’inspire de sa propre expérience et que certains dialogues proviennent même des journaux qu’il écrivait à cet âge-là. Soit. Cela n’empêche pas le malaise.

Car au cinéma, il ne suffit pas qu’une situation ait existé pour que sa représentation fonctionne. Et ici, le contraste entre ce que l’on voit — des enfants qui semblent parfois avoir 9, 10 ou 11 ans — et la crudité de certaines conversations est tellement important qu’il finit par me sortir complètement du film.

Ce qui est d’autant plus dommage que les jeunes comédiens sont remarquables.

Everett Blunck, Kayo Martin ou Kenny Rasmussen jouent avec une étonnante justesse. Il y a quelque chose de très naturel dans leurs regards, leurs hésitations, leurs mouvements de groupe, cette manière de chercher constamment l’approbation des autres. Charlie Polinger sait incontestablement filmer cette microsociété masculine où chacun tente de comprendre quelle place il occupe dans la hiérarchie.

Et c’est probablement là que The Plague est le plus intéressant.

Le film montre très bien comment naît le harcèlement. Pas forcément à travers un grand méchant face à une victime innocente, mais par une accumulation de petits gestes, de silences, de rires et surtout par la peur de devenir soi-même la prochaine cible.

Ben sait que ce qui arrive à Eli est injuste. Il ressent de l’empathie pour lui. Mais il comprend aussi qu’en prenant sa défense, il risque de perdre sa propre place dans le groupe.

Le mécanisme est juste.

Charlie Polinger travaille énormément la tension, la musique, les regards, les corps dans l’eau, les démangeaisons, la peur presque irrationnelle de la contamination. « La peste » devient progressivement une sorte de maladie mentale collective.

Mais derrière cette mise en scène très maîtrisée, je peine à trouver un propos particulièrement nouveau sur le harcèlement.

Et surtout, il y a cette séquence entre l’enfant harcelé et le coach sportif, interprété par Joel Edgerton.

Elle devrait probablement constituer un moment essentiel : celui où un adulte pourrait enfin entendre ce qui se passe, apporter un regard différent, interrompre la mécanique de groupe ou simplement offrir à cet enfant un espace de protection.

Pour moi, la scène est au contraire l’une des plus décevantes du film.

Aucune parole réellement forte, aucune réponse inspirante, aucune véritable prise en charge. Peut-être Charlie Polinger veut-il justement montrer la faillite du monde adulte face à ces violences. Mais le résultat m’a laissé avec un profond sentiment de frustration.

The Plague n’est certainement pas le film à montrer à un enfant victime de harcèlement en espérant qu’il y trouve du réconfort.

Présenté à Cannes, salué par une partie de la critique — 3,6/5 de moyenne presse sur AlloCiné — et récompensé à Deauville, The Plague n’a pourtant pas trouvé son public en salles. Avec à peine plus de 21 000 entrées en France, le film est tout simplement passé sous les radars.

Fiche technique :
Titre : The Plague
Réalisation : Charlie Polinger
Avec : Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan
Pays : États-Unis
Genre : Thriller
Date de sortie : 03 juin 2026 (France) – 16 septembre 2026 (Belgique)
Durée : 1h35

Affiche du film « The Plague » de Charlie Polinger

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