Avec Wasteman, le réalisateur britannique Cal McMau signe un premier long métrage carcéral tendu, brutal et profondément nerveux. Porté par David Jonsson dans le rôle de Taylor et Tom Blyth dans celui de Dee, le film prend la forme d’un huis clos étouffant où chaque geste, chaque regard, chaque parole peut faire basculer un destin déjà fragilisé. Le film, d’une durée d’environ 90 minutes, a notamment été présenté au Festival international du film de Toronto avant sa sortie britannique en 2026.
Taylor est en prison depuis treize ans. Condamné après avoir vendu de la drogue ayant provoqué l’overdose de deux consommateurs, il a passé une grande partie de sa vie adulte derrière les barreaux. Mais une possibilité de sortie se présente enfin. Face à l’engorgement des prisons britanniques, un programme de libération anticipée est mis en place pour les détenus les plus méritants, ceux qui ont su rester dans les clous. Taylor en fait partie. Il ne lui reste que quinze jours à tenir. Quinze jours pour ne pas faire de vague. Quinze jours pour prouver qu’il mérite cette seconde chance.
Cette seconde chance, Taylor veut surtout l’utiliser pour renouer avec son fils, aujourd’hui âgé de quatorze ans. C’est peut-être là que le film trouve son moteur le plus intime : derrière la mécanique du thriller carcéral, il y a le désir bouleversant d’un homme qui voudrait redevenir père. Taylor ne rêve pas d’un grand avenir flamboyant. Il veut simplement sortir, retrouver une forme de dignité, réparer ce qui peut encore l’être et croire qu’une vie reste possible après la prison.
Mais le jour même où cette perspective s’ouvre, un nouveau codétenu entre dans sa cellule. Il s’appelle Dee. Et très vite, on comprend qu’il n’a rien d’un enfant de chœur. Charismatique, imprévisible, dangereux, Dee vient perturber l’équilibre fragile que Taylor était parvenu à construire. Avec lui, la cellule devient un piège, la prison redevient un territoire de menace, et les derniers jours de Taylor prennent l’allure d’un compte à rebours infernal. Tout ce qu’il a patiemment gagné peut s’effondrer en quelques minutes.
Cal McMau propose ainsi un très bon thriller carcéral, sec, intense, sans échappatoire. Le film fonctionne comme une cocotte-minute. L’espace est réduit, les tensions sont permanentes, la violence peut surgir à tout moment. La prison n’est pas seulement un décor : c’est un organisme, un monde clos régi par ses propres hiérarchies, ses trafics, ses humiliations, ses alliances et ses règles invisibles. Wasteman montre très bien comment, dans un tel environnement, même celui qui veut rester à distance finit par être rattrapé par la brutalité du système.
Le duo d’acteurs est l’une des grandes forces du film. David Jonsson impressionne dans le rôle de Taylor. C’est un homme abîmé, qui tente de survivre à ce qu’il a fait et à ce que la prison a fait de lui. Face à lui, Tom Blyth impose une présence plus électrique, plus féline. Son Dee est immédiatement inquiétant parce qu’il semble capable de tout : séduire, manipuler, provoquer, exploser. Il apporte dans la cellule une énergie de chaos. Là où Taylor cherche à disparaître pour gagner sa liberté, Dee occupe tout l’espace, impose son rythme, déstabilise les rapports de force. Leur confrontation donne au film sa tension principale : deux hommes enfermés dans le même lieu, mais lancés dans des trajectoires opposées.
Wasteman est donc à la fois un thriller carcéral et un film sur la difficulté du recommencement. Comment redevenir un homme libre quand on a passé treize ans enfermé ? Comment redevenir père quand son enfant a grandi sans vous ? Comment rester droit dans un monde qui vous pousse sans cesse à replonger ? Cal McMau filme ces questions avec une énergie sèche, sans pathos inutile, en s’appuyant sur deux acteurs remarquables.
Fiche technique :
Titre : Wasteman
Réalisation : Cal McMau
Avec : Tom Blyth, David Jonsson, Neil Linpow, Corin Silva
Pays : Royaume-Uni
Genre : Thriller, Drame
Date de sortie : 03 juin 2026 (Belgique)
Durée : 1h30

