Il a plu dimanche soir à Turin. Un peu comme si la météo turinoise s’était mise au diapason du coeur des fans de l’Eurovision. Vidées de ses visiteurs.euses bruyant.e.s et coloré.e.s, les rues de la capitale piémontaise ont retrouvé leur rythme habituel, le son des klaxons des automobilistes impatients et les conversations animées des terrasses de la Piazza Vittorio Veneto. Et alors que je déguste un dernier Aperol Spritz dans le bar qui m’aura servi de repère tout au long de la semaine, voici venu le temps du bilan. L’Ukraine a-t-elle mérité sa victoire? L’édition 2022 était-elle un bon cru? Qu’est-ce qui m’aura le plus marqué cette année? Et surtout… Est-ce que je survivrai à 365 jours d’attente avant le concours 2023?

Samedi soir, l’Eurovision n’était pas un concours de chant. Ceux et celles qui l’ont regardé comme tel vivent sans doute sur une autre planète. Le conflit en Ukraine a rebattu les cartes en février dernier. Et alors que 3 mois plus tard s’installe déjà comme un horrible sentiment de lassitude, cette guerre ignoble qui fragilise l’Europe bouleverse pourtant tout, légitimement. Heureusement, en offrant 439 points (un record!) à l’Ukraine, les téléspectateurs ont prouvé que cette édition 2022 ne pouvait pas être une compétition mais bien un symbole, celui de l’unité et de la solidarité. Et ceux qui pensent que la victoire ukrainienne ne change rien à la douleur de ce peuple, se trompent tout autant. Car dans ces pays qui ont vécu pendant des décennies sous le giron soviétique, la culture, le chant et la défense de la langue ont été des moyens de combattre l’occupant, de consoler la nation, d’apaiser les douleurs. Alors quelle plus belle reconnaissance que de porter le groupe Kalush Orchestra au sommet du concours musical le plus regardé au monde. « Stefania » est une belle chanson, moderne, en langue nationale et parfaitement interprétée. Elle symbolisera à jamais ce concours 2022 qui dès la première seconde, alors que les milliers de spectateurs.rices du Pala Olimpico chantaient les paroles de « Give Peace a Chance » de John Lennon, aura été un hymne à la paix entre les peuples, son essence et unique finalité.

Alors oui, les esprits chagrins regretteront l’absence de suspense. Ils se désoleront pour les 39 autres candidat.e.s qui se sont investi.e.s à fond dans cette aventure pour un résultat écrit d’avance… Et pourtant, que de joie dans le visage de Sam Ryder, star de TikTok, candidat du Royaume-Uni, qui aura propulsé son pays de la dernière place en 2021 à la deuxième cette année avec son titre « Space Man ». Son incroyable performance vocale en fait le grand gagnant du vote du jury professionnel. Que dire aussi de la fierté dans le regard de la délicieuse Chanel, candidate pour l’Espagne, autre pays malheureux au concours ces derniers temps, dont le titre « SloMo », arrivé troisième, sera fort probablement le tube de l’été dans toute l’Europe. Mention spéciale aussi pour Jérémie Makiese. Imaginez-vous, ce jeune ket n’était jamais monté sur une telle scène de sa vie. Il avait gagné The Voice Belgique en pleine pandémie dans un studio vide de public. Il a fait preuve de beaucoup de professionnalisme, de disponibilité et d’énormément d’envie. Sa 19e place en finale n’est qu’une première étape et je suis ravi d’entendre son titre « Miss You » diffusé régulièrement sur les ondes belges.

Jérémie Makiese finit 19e – Source: EBU / CORINNE CUMMING

De manière générale, cette édition 2022 aura été en demi-teinte pour moi. Je n’ai pas trouvé la réalisation particulièrement réussie. Les prises de vues étaient parfois hasardeuses, voir même ratées. On notera le fiasco de l’arche lumineuse en fond de scène. Celle-ci était tellement lente à faire bouger qu’il a finalement été décidé de ne pas l’utiliser, forçant de nombreuses délégations (dont la Belgique) à revoir leurs prétentions en terme de staging. Bref, ce décor n’était pas adapté pour un show comme l’Eurovision où chaque seconde compte. L’émission a été interminable, présentée de manière parfois fort amatrice par Mika et Laura Pausini qui auront été surtout bons quand ils chantaient. Cette dernière, victime d’une chute de tension, aura finalement disparu de la scène pendant la majeure partie du décompte des votes. Et puis, il y a aussi les 6 jurys dont le classement a été modifié par l’UER pour cause d’irrégularité mais dans la plus grande opacité. Voilà une méthode qui n’est pas très sérieuse et qui fait les choux gras de la presse internationale. Il faudra mettre définitivement de l’ordre dans ce système pour l’année prochaine au risque de jeter le discrédit sur l’ensemble du concours.

L’année prochaine, nous ne savons pas encore où se déroulera le concours. Le président Zelensky souhaiterait l’organiser à Marioupol. L’UER a déjà rappelé que le concours ne pouvait se tenir dans un pays en conflit. Alors où? Turin s’est dite prête à remettre le couvert. Pas sûr que ce soit bien vu par de nombreux fans qui ont été privés de finale au Eurovision Village à cause d’un problème technique… La Pologne serait éventuellement candidate, ils accueillent des milliers d’Ukrainien.e.s. Londres pourrait être une option, le Royaume-Uni rêve de l’organiser à nouveau et les britanniques sont arrivé.e.s deuxièmes. Pourquoi pas Genève, siège de l’Union Européenne de Radio-diffusion? Ou même… Bruxelles, capitale de l’Europe? Il faudra probablement attendre quelques mois avant d’y voir plus clair.

Pour revivre le concours dans son intégralité!

J’aurais passé une semaine intense. J’y ai revu tant d’amis. Ceux que je connais depuis des années… Mais surtout ceux que j’ai appris à mieux connaître à Turin. Il y a Sébastien dont les notes audio sur Whatsapp ont égayé toute ma semaine. Il y a Malcolm, premier Eurovision sur place, qui m’a rappelé mon enthousiasme quand j’ai découvert le concours en live pour la première fois, en 2007, à Helsinki. Le drapeau arc-en-ciel en cape, il n’a loupé aucune soirée et a vécu chaque instant avec une énergie incroyable. Je pense aussi à Joé, le supporter de l’Union Saint-Gilloise, fort déçu dimanche soir, mais pour d’autres raisons. Je pense enfin à Doron et Thibaut. Nous avons passé tellement de moments incroyables en une semaine que j’ai l’impression de les connaître depuis des années. Des vignobles piémontais au sommet de la Basilique de Superga, de la piste de danse de l’EuroFanClub à la terrasse de l’Accademia del panino, nous avons échangé, ri, parfois même pleuré ensemble et tous ces moments ont rendu mon Eurovision 2022 plus beau. C’est surtout grâce à eux que j’aime ce concours, que j’y vais tous les ans avec autant de plaisir et que cette passion me permet de patienter jusqu’à l’année prochaine. Bravo l’Ukraine, merci l’Europe et Vive l’Eurovision!

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