La Mauvaise Influenceuse (Netflix) : le poison doux de l’emprise

Avec La Mauvaise Influenceuse, Netflix signe un documentaire profondément glaçant, précisément parce qu’il ne raconte rien d’extraordinaire. Pas de secte exotique, pas de rituels spectaculaires. Juste une coach, des mots bien choisis, une idéologie simplifiée… et des vies détruites.

Le film retrace l’histoire vraie d’une coach en développement personnel devenue gourou, spécialisée dans les couples en mal de connexion. Son discours repose sur une vision radicale et dogmatique : le sexe, la sexualité et la pornographie seraient le mal absolu, responsables de tous les dysfonctionnements intimes et familiaux. À partir de là, elle construit un système de pensée clos, culpabilisant, où toute remise en question devient une preuve de corruption morale.

L’un des éléments les plus sidérants du documentaire est le profil de l’une de ses victimes principales : une influenceuse familiale parmi les plus suivies de YouTube, forte de près de deux millions d’abonnés, filmant son quotidien et celui de ses enfants. Une figure publique, puissante, visible — et pourtant totalement vulnérable face à l’emprise psychologique. Le film démontre avec une efficacité redoutable que la notoriété et le succès n’offrent aucune protection contre la manipulation.

Le récit bascule dans l’insoutenable lorsque l’on découvre les conséquences sur les enfants. Deux d’entre eux seront retrouvés émaciés, porteurs de graves plaies. Le documentaire ne cherche jamais le choc gratuit, mais laisse apparaître une vérité terrifiante : lorsqu’une idéologie s’impose comme vérité absolue, la souffrance peut être justifiée, rationalisée, voire présentée comme nécessaire.

À ce titre, La Mauvaise Influenceuse résonne fortement avec le film Gourou, dans lequel Pierre Niney incarne une figure charismatique capable, par la seule force de la parole, de soumettre des individus en quête de sens. Même mécanique ici : un discours simple, manichéen, répété jusqu’à devenir une évidence. Même logique d’isolement, de contrôle, de dépendance affective. Et surtout, la même question centrale : pourquoi sommes-nous prêts à remettre notre libre arbitre entre les mains de ceux et celles qui prétendent savoir mieux que nous ?

Le documentaire met également en lumière un aspect fondamentalement contemporain du phénomène : l’emprise est aujourd’hui indissociable de l’économie de l’influence. Réseaux sociaux, communautés en ligne, coaching payant, abonnements, stages… La manipulation devient un business extrêmement rentable. Plus l’idéologie est radicale, plus elle fidélise, plus elle rapporte.

Sans jamais tomber dans le sensationnalisme, La Mauvaise Influenceuse agit comme un avertissement. Il rappelle à quel point il est facile, avec quelques phrases dogmatiques et un discours pseudo-bienveillant, d’enrôler des individus, de devenir influent… et riche. Et il pose une question dérangeante, mais essentielle : dans un monde saturé de discours sur le bien-être, comment distinguer l’aide sincère de la domination idéologique ?

Un documentaire nécessaire, troublant, et profondément inquiétant — parce qu’il raconte une histoire vraie, et surtout, une histoire terriblement actuelle.

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