Avec Gohan, le cinéma thaïlandais propose une odyssée intime et profondément touchante autour d’un petit chien errant, boule de poils blancs au nez rose, que le hasard place sur la route de plusieurs êtres cabossés par la vie. Le film aurait pu n’être qu’un mélodrame animalier destiné à faire pleurer les amoureux des chiens. Il devient pourtant autre chose : un récit en trois mouvements sur la solitude, l’exil, l’amitié, la perte et cette capacité étrange qu’ont parfois les animaux à réparer les humains sans jamais prononcer un mot.
L’un des éléments les plus intéressants du film tient à sa construction. Gohan est signé par trois réalisateurs et se déploie en trois époques, comme trois chapitres de la vie du chien. Chaque cinéaste semble ainsi prendre en charge une étape, une tonalité, une manière différente d’observer le lien entre l’animal et ceux qui croisent sa route. Cette structure donne au film une ampleur particulière : Gohan n’appartient jamais tout à fait à personne, mais il traverse les existences, les transforme, puis continue son chemin.
La première partie, centrée sur un retraité japonais, est sans doute la plus tendre. Le vieux monsieur est adorable avec le chien, et leur relation installe immédiatement une émotion simple, presque enfantine. Le jeu de l’acteur peut paraître très appuyé, parfois même surjoué, mais cela s’inscrit aussi dans une certaine tradition mélodramatique du cinéma asiatique, où les sentiments sont souvent exprimés de manière plus frontale. Et malgré cette expressivité, la relation fonctionne : on croit à cette solitude qui se comble, à ce foyer improvisé, à cette affection qui naît d’un geste aussi banal qu’une poignée de riz.
La deuxième partie est plus dramatique. Elle déplace le film vers des enjeux plus humains et sociaux, notamment à travers le personnage d’une jeune femme birmane. Le récit parle alors d’amitié, de courage, d’exil, mais aussi de la manière dont un animal peut devenir un point d’ancrage quand tout vacille autour de soi. Gohan n’est pas seulement un compagnon : il devient une présence qui oblige les personnages à choisir, à se dépasser, à protéger quelque chose de plus fragile qu’eux.
La troisième partie, consacrée au vieux Gohan, referme le film sur une émotion plus douce-amère.
La force du film tient à une émotion directe, assumée, généreuse. Gohan regarde les humains à travers le regard d’un chien, et c’est peut-être pour cela qu’il touche autant : parce qu’il rappelle que l’amour n’a pas toujours besoin d’être expliqué pour être compris.
Fiche technique :
Titre : Gohan
Réalisation : Chayanop Boonprakob, Atta Hemwadee, Nattawut Poonpiriya
Avec : Jinjett Wattanasin, Tontawan Tantivejakul, Chatichai Chinnasi, Nophand Boonyai
Pays : Royaume-Uni
Genre : Drame
Date de sortie : 01 juillet 2026 (Belgique)
Durée : 2h25

