CINEMA : « Jimpa » de Sophie Hyde

Avec Jimpa, Sophie Hyde signe une comédie dramatique sensible autour de la famille, de la transmission et des identités queer. Le film suit Hannah, qui se rend à Amsterdam avec Frances, son enfant adolescent·e non binaire, pour rendre visite à Jimpa, son père. Lorsque Frances exprime le désir de rester un an auprès de son grand-père afin d’y poursuivre ses études, quelque chose se déplace : Hannah se retrouve questionnée dans son rôle de mère, mais aussi dans sa relation à ce père longtemps perçu comme une figure libre, courageuse, presque évidente.

C’est là que le film devient le plus intéressant. Jimpa est gay. Il a quitté l’Australie pour vivre pleinement son homosexualité à Amsterdam, dans une époque où cela relevait encore d’un combat intime, social et politique. Lui et sa génération ont traversé les luttes pour la liberté sexuelle, l’exil choisi, les blessures de l’épidémie de sida, la nécessité de s’inventer une vie hors des normes. On pourrait donc imaginer qu’il soit naturellement le plus ouvert, le plus bienveillant, le plus apte à comprendre Frances, qui se dit non binaire, trans, attiré·e par les filles sans forcément se définir comme lesbienne.

Or le film déjoue cette attente. Jimpa, l’ancien combattant de la liberté, se retrouve parfois dans la position du vieux boomer dépassé par les évolutions du monde. Cette confrontation entre deux générations queer est ce que Jimpa réussit le mieux. Sophie Hyde montre que les luttes d’hier ne garantissent pas toujours la compréhension des combats d’aujourd’hui. On peut avoir été minoritaire, avoir souffert de l’exclusion, et malgré tout ne pas saisir immédiatement les mots, les désirs et les identités de celles et ceux qui viennent après.

Le film arrive peut-être un peu tard. Certains débats qu’il met en scène semblent déjà largement ancrés dans notre société, du moins dans une partie de celle-ci. Mais ce serait une erreur de le balayer pour cette raison. À l’heure où les discours masculinistes gagnent en visibilité, où la déconstruction masculine est encore trop souvent vécue comme une menace plutôt que comme une possibilité d’apaisement, Jimpa rappelle l’importance de l’écoute, de la nuance et de la remise en question. Le film parle moins de donner des leçons que d’apprendre à mieux se regarder.

Il faut aussi saluer son casting. Olivia Colman apporte à Hannah une fragilité, une intelligence et une humanité immédiates. Aud Mason-Hyde donne à Frances une présence délicate, jamais réduite à une idée ou à un symbole. Quant à John Lithgow, il compose un Jimpa à la fois flamboyant, tendre, agaçant et profondément humain. C’est grâce à eux que le film trouve son équilibre : jamais parfait, parfois un peu attendu, mais sincère, juste, et finalement assez touchant.

Fiche technique :
Titre : Jimpa
Réalisation : Sophie Hyde
Avec : Olivia Colman, John Lithgow, Aud Mason-Hyde
Pays : Australie, Pays-Bas, Finlande
Genre : Drame
Date de sortie : 26 août 2026 (Belgique)
Durée : 1h53

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