ANNECY 2026 : « We are Aliens » (Un monde entre nous) de Kohei Kadowaki

Il y a des films d’animation qui émerveillent par leur imaginaire. Et puis il y a ceux qui, sous la délicatesse du dessin, viennent toucher une zone beaucoup plus intime, beaucoup plus douloureuse. Un Monde entre nous, titre français de We Are Aliens, appartient clairement à cette seconde catégorie. C’est un film d’une grande beauté, mais aussi d’une tristesse profonde, presque sourde, qui observe comment un malentendu d’enfance peut devenir une faille existentielle.

L’histoire tient d’abord à peu de choses : deux garçons se rencontrent à l’école. Ils sont amis, complices, unis par cette forme d’évidence que l’on ne trouve peut-être qu’à cet âge-là. Tout devrait les rapprocher. Une parole suffirait sans doute à réparer ce qui se fissure. Mais cette parole ne vient pas. À sa place s’installent le silence, la gêne, la honte, puis la colère. Ce qui aurait pu rester une maladresse d’enfant se transforme alors en blessure, puis en mécanique destructrice.

C’est là que le film devient bouleversant. Un Monde entre nous ne raconte pas seulement la fin d’une amitié. Il montre comment une blague, une humiliation, un geste de harcèlement scolaire peuvent modifier durablement une existence. Le film regarde avec une grande justesse cette bascule presque invisible : le moment où l’enfant blessé cesse simplement de souffrir pour commencer à se construire autour de cette souffrance. Ce n’est plus seulement un souvenir pénible. C’est une origine. Une manière d’être au monde.

La force du film est de ne jamais réduire ses personnages à des rôles simples. Il n’y a pas d’un côté le monstre et de l’autre la victime pure. Il y a deux enfants, puis deux adolescents, puis deux êtres qui grandissent avec ce qu’ils n’ont pas su dire. La trahison est d’autant plus cruelle qu’elle est silencieuse. Elle ne prend pas forcément la forme d’un grand acte spectaculaire, mais d’un renoncement, d’une lâcheté ordinaire, d’un abandon au moment où il aurait fallu tendre la main.

Le film montre comment l’enfance, que l’on imagine souvent comme un territoire léger, peut être le lieu de catastrophes intimes. Une phrase non prononcée, une excuse jamais formulée, un ami qui ne défend pas l’autre : tout cela peut paraître minuscule vu de l’extérieur. Mais pour celui qui le subit, cela devient immense.

Un Monde entre nous est donc un très beau film sur l’amitié, mais surtout sur son absence. Sur ce qui reste quand la réconciliation devient impossible. Sur les vies marginales que l’on se fabrique pour survivre à une blessure que personne n’a vraiment vue. C’est un film triste, profondément triste, mais jamais complaisant. Il ne cherche pas à tirer les larmes. Il préfère laisser au spectateur un poids discret, persistant, celui des choses qu’on aurait pu réparer trop tard.

Un grand film d’animation japonais, fragile et déchirant, sur les ravages du silence.

Fiche technique :
Titre : We are Aliens (Un monde entre nous)
Réalisation : Kohei Kadowaki
Pays : Japon, France
Genre : Animation
Date de sortie : 30 décembre 2026 (France)
Durée : 1h57

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