Avec Frontera, Judith Colell nous ramène en 1943, à la frontière franco-espagnole, dans un petit village entouré de montagnes. La France est occupée par les nazis, les Juifs tentent de fuir, et du côté espagnol, sous le régime franquiste, l’objectif est clair : ne pas les laisser passer. Mais face à l’inhumanité des ordres, la résistance s’organise. Discrètement. Dangereusement. Au péril de la vie de celles et ceux qui choisissent d’aider plutôt que de fermer les yeux.
Le film s’inscrit dans un territoire dramatique que le cinéma a souvent exploré : celui des anonymes qui, dans l’ombre de la grande Histoire, décident un jour de désobéir. Le scénario est assez simple. Il avance sans surprise majeure, mais avec une certaine efficacité. Les enjeux sont rapidement posés, les personnages se mettent en place, et le récit se déploie naturellement jusqu’à sa dramaturgie finale.
Frontera est bien réalisé, avec sérieux, tenue et respect pour son sujet. La mise en scène sait installer le danger, utiliser les paysages de montagne comme un espace à la fois magnifique et menaçant, et rappeler que chaque passage de frontière est aussi un passage moral. Qui aide ? Qui dénonce ? Qui obéit ? Qui prend le risque de sauver une vie ?
Mais malgré ces qualités, le film donne aussi le sentiment d’être une énième variation sur un thème déjà très balisé. La Seconde Guerre mondiale, la fuite des Juifs, la Résistance, les passeurs, les villages traversés par la peur et la solidarité : tout cela reste évidemment nécessaire à raconter, surtout dans une époque où la mémoire historique ne doit jamais être considérée comme acquise. Pourtant, cinématographiquement, Frontera peine à imposer un regard vraiment neuf.
Le film ne démérite jamais. Il se regarde avec intérêt, parfois avec émotion, mais sans véritable surprise. Reste la valeur mémorielle du film. Frontera rappelle que la frontière n’est jamais seulement une ligne sur une carte. Elle est un choix. Un endroit où l’on décide si l’on protège une loi injuste ou une vie humaine. À ce titre, le film conserve une résonance évidente avec notre présent, marqué lui aussi par les exils, les murs, les refus d’accueil et les discours de fermeture.
Fiche technique :
Titre : Frontera
Réalisation : Judith Colell
Avec : Miki Esparbé, Maria Rodríguez Soto, Asier Etxeandia, Bruna Cusí
Pays : Espagne, Belgique
Genre : Drame
Date de sortie : 23 septembre 2026 (Belgique)
Durée : 1h41
