CANNES 2026 : L’extrême droite déroule le tapis rouge…

Le Festival de Cannes poursuit sa traversée mouvementée, entre découvertes de cinéma, débats critiques et secousses politiques. Dans leur nouveau live Instagram, Mister Emma et Nicolas Gilson, programmateur du Cinéma Palace à Bruxelles, reviennent sur plusieurs films présentés sur la Croisette, dont trois titres en compétition officielle : GaranceHope et Moulin.

En compétitionGarance de Jeanne Herry marque aussi une nouvelle présence belge dans la sélection, puisqu’il s’agit d’une coproduction franco-belge. Porté par Adèle ExarchopoulosSara GiraudeauSarajeanne Drillaud et Anne Suarez, le film suit Garance, jeune actrice alcoolique, sur huit années d’errance, de fêtes, de rencontres, d’angoisses, de joies et de destruction. Un parcours chaotique, intime et sentimental, où se mêlent révolution personnelle, amitié, sexualité et quête de soi. Un film diesel qui vous captive au fil de son déroulement scénaristique !

Autre film en compétition officielleHope de Na Hong-jin signe le grand retour du réalisateur sud-coréen, dix ans après The Strangers. Avec Hwang Jung-minZo In-sungJung Ho-yeon et Michael Fassbender, le film plonge dans la ville portuaire de Hopo Port, où une mystérieuse découverte va précipiter les habitants dans une lutte pour leur survie. Entre action, science-fiction et thriller, Hope s’annonce comme l’une des propositions les plus mystérieuses et les plus attendues de cette édition. Le film est profondément drôle pour un festival comme le BIFFF mais c’est trop long pour que Nicolas s’y accroche…

Toujours en compétitionMoulin de László Nemes revient sur une figure majeure de la Résistance française. Avec Gilles Lellouche dans le rôle de Jean Moulin et Lars Eidinger dans celui de Klaus Barbie, le film se concentre sur juin 1943, au moment où Moulin est arrêté alors qu’il tente de réunifier les forces de l’Armée secrète. Face au chef de la Gestapo de Lyon, il engage un ultime combat contre la manipulation, la brutalité et l’anéantissement. Le film à voir pour comprendre que voter pour l’extrême droite n’est pas anodin. Pensez-y en déposant votre billet de vote… et justement…

La polémique autour de Vincent Bolloré, de Canal+ et de son poids grandissant dans le cinéma français continue de secouer la Croisette. Après la lettre ouverte publiée dans Libération par environ 600 professionnels du cinéma dénonçant l’influence du milliardaire conservateur sur le secteur, Maxime Saada, patron de Canal+, a répondu sèchement : il ne souhaite plus que le groupe travaille avec les signataires de la tribune. Plusieurs médias parlent désormais d’une véritable liste noire, ou d’un boycott assumé, dans un contexte où Canal+ reste un acteur central du financement du cinéma français. 

Dans la section Cannes Première, Nicolas Gilson et Mister Emma évoquent également La Troisième nuit de Daniel Auteuil, avec Antoine ReinartzDaniel Auteuil et Luàna Bajrami. Le film nous plonge en août 1942, en pleine occupation, alors que le gouvernement de Vichy organise une rafle massive de Juifs étrangers. Gilbert Lesage, fonctionnaire au Service social des étrangers, et l’abbé Alexandre Glasberg, humanitaire engagé, vont devoir s’allier pour tenter de sauver des vies face à la mécanique administrative et meurtrière de l’État. Une réalisation classique dans laquelle Daniel Auteuil s’offre un joli rôle.

Pendant ce temps, Mister Emma poursuit aussi son propre parcours cannois. Il a vu Marie Madeleine de Gessica Généus, présenté à Cannes Première. À Jacmel, en Haïti, le film met face à face une femme libre vivant de la prostitution et un jeune évangéliste dont la foi vacille au contact du désir. Mister Emma y voit un film frontal, sensuel, spirituel et politique, qui interroge la morale, la religion, la prostitution, les libertés et le corps des femmes dans un pays traversé par une violence extrême. (lire la critique)

Il a également découvert The Station de Sara Ishaq, présenté à la Semaine de la Critique. Le film se déroule dans un Yémen fracturé par la guerre, autour de Layal, qui tente de maintenir à flot une station-service réservée aux femmes, alors que son jeune frère risque d’être envoyé au front. Pour Mister Emma (lire la critique), Sara Ishaq réussit à transposer son regard documentaire dans la fiction, en signant un film profondément politique, traversé par la sororité, la guerre, la virilité toxique et la possibilité fragile d’un autre récit. 

Entre compétition officielle, Cannes Première, Semaine de la Critique et tensions autour de Canal+, ce nouveau live confirme que Cannes est, cette année encore, bien plus qu’un simple tapis rouge. C’est un lieu où les films dialoguent avec le monde, où les artistes prennent position, où les débats débordent des salles, et où Mister Emma et Nicolas Gilson poursuivent leur traversée quotidienne de la Croisette, entre enthousiasme, désaccords, découvertes et coups de gueule.

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