CANNES 2026 : retour au calme, pluie bruxelloise et révélations cannoises

Après le live mouvementé de la veille — perdu quelque part dans les limbes de Meta — Mister Emma était cette fois de retour au chaud et au calme dans son bureau, ce dimanche 17 mai 2026. Dehors, les éléments naturels se déchaînaient : grosse pluie bruxelloise, ciel plombé, ambiance de repli. Mais à Cannes, Nicolas Gilson, programmateur du Cinéma Palace à Bruxelles, poursuivait son marathon cinéphile avec cinq nouveaux films au compteur.

Dans ce nouveau live Instagram, les deux compères sont revenus sur une journée particulièrement dense, marquée par trois films en compétition officielle, une découverte à Un Certain Regard, une séance de minuit et, côté Mister Emma, une incursion remarquée à la Semaine de la Critique.

En compétition officielle, Nicolas Gilson a découvert Paper Tiger de James Gray, avec Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller. Le film suit deux frères que tout oppose, réunis autour d’une affaire douteuse liée à la mafia russe. Ce qui devait apparaître comme une opportunité se transforme rapidement en cauchemar, mettant en péril leur famille, leur intégrité et leur lien fraternel. Un thriller familial et criminel qui ramène James Gray vers ses territoires de prédilection : la loyauté, la faute, le sang et la tragédie intime. 

Autre film en compétition officielleThe Beloved — El ser querido / L’Être Aimé — de Rodrigo Sorogoyen était sans doute l’un des titres les plus attendus de cette journée. Nicolas Gilson le teasait depuis trois jours, et le film a été pour lui une véritable révélation. Mister Emma l’a également vu et en a publié la critique sur son site. Le film raconte les retrouvailles entre Esteban Martínez, réalisateur mondialement célèbre, et sa fille Emilia, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. Il lui propose le rôle principal de son nouveau film, ouvrant ainsi un face-à-face où la fiction, le tournage et les blessures familiales se superposent. Porté par Javier BardemVictoria Luengo et Raúl Arévalo, le film impressionne par son jeu de miroirs entre cinéma et réalité, et par la fluidité avec laquelle Sorogoyen fait circuler les regards, les caméras et les niveaux de fiction.

Toujours en compétition officielleSheep in the Box de Hirokazu Kore-eda propose un récit situé dans un futur proche. Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, se voient proposer un robot humanoïde parfaitement identique à leur fils disparu. Avec Haruka AyaseDaigo Yamamoto et Rimu Kuwaki, Kore-eda semble prolonger ses grandes interrogations sur la famille, le deuil, la filiation et ce qui fait — ou ne fait pas — l’humanité d’un lien. 

Dans la section Un Certain Regard, Nicolas Gilson a également vu Mémoire de fille de Judith Godrèche, adaptation du texte d’Annie Ernaux. Le film suit l’écrivaine, sollicitée pour une signature à Rouen, ville de son enfance. Ce retour provoque un vertige et la replonge dans le souvenir de l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, dont l’onde de choc a marqué son corps et son existence. Le film réunit notamment Tess BarthélemyValérie Dréville et Maïwène Barthèlemy, et se présente aussi comme une coproduction franco-belge. Le film partait d’un matériau fort, intime et littéraire, mais Nicolas Gilson a eu le sentiment que la réalisatrice s’était progressivement prise les pieds dans le tapis de sa propre mise en scène, jusqu’à affaiblir la puissance du récit.

Changement radical de ton avec Full Phil de Quentin Dupieux, présenté en Séance de Minuit. Avec Woody HarrelsonKristen Stewart et Charlotte Le Bon, le film suit Philip Doom, riche industriel américain venu à Paris pour renouer avec sa fille Madeleine. Mais entre cuisine française, film d’horreur des années 1950 et employé d’hôtel envahissant, rien ne se passe comme prévu. Une proposition typiquement dupieusienne, où l’absurde semble prêt à contaminer chaque recoin du récit. 

Enfin, Mister Emma a lui aussi enrichi cette journée cannoise avec Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall, présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique. Premier long métrage du réalisateur, le film suit Étienne, chauffeur routier dont la vie se partage entre kilomètres, parkings, stations-service et solitude affective. Sa rencontre avec Bartosz, routier polonais, fait naître une histoire d’amour dans un univers rarement filmé comme un territoire de désir queer. Mister Emma y voit un film social et amoureux, un récit de bitume, de peau, de fatigue et de pulsation, porté par Alexis Manentiet Julian Świeżewski. (lire la critique)

Au final, cette journée du 17 mai aura laissé Nicolas Gilson assez circonspect du côté de la compétition officielle. À ses yeux, The Beloved s’impose comme la véritable révélation du jour qui a pleinement tenu ses promesses. Pour le reste, la sélection en compétition lui a semblé nettement moins convaincante : des films parfois pompeux, souvent ennuyeux, qui peinent à créer l’émotion ou la surprise attendue.

Heureusement, la journée s’est terminée sur une note beaucoup plus joyeuse avec Phull Fil. Nicolas Gilson a beaucoup ri devant cette nouvelle réalisation pour le prolifique Quentin Dupieux. Et l’histoire ne s’arrête pas là : le réalisateur sera à nouveau à Cannes avec un second film présenté cette même année — deux films dans une seule édition ! Cette fois, il s’agira d’un film d’animation, dont Mister Emma et Nicolas Gilson parleront dans quelques jours.

Entre la pluie bruxelloise, les déceptions de la compétition, la révélation The Beloved, les réserves autour de Mémoire de fille et le rire salvateur provoqué par Phull Bill, ce live du 17 mai aura finalement pris des allures de montagnes russes cannoises. Une journée contrastée, mais précieuse pour ce qu’elle révèle aussi de Cannes : tous les films ne font pas l’unanimité, certains agacent, d’autres ennuient, mais il suffit parfois d’une vraie révélation — ou d’un grand éclat de rire — pour relancer toute une édition.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *