DOSSIER : « Gilets Jaunes », money, money, money

A l’aube de l’acte IX des gilets jaunes, la France est au bord de la guerre civile à en croire Jean-Michel Apathie sur le plateau de « C à vous » (France 5) ce jeudi 10 janvier 2019. Mais comment en est-on arrivé là ?

LES CAGNOTTES DE LA DISCORDE

Suite à l’arrestation de Christophe Dettinger, un certain Nicolas Alves crée une cagnotte sur le site www.leetchi.com en soutien à l’ancien champion de France dans la catégorie des lourds-légers en 2007, cagnotte qui a récolté plus de 117.000 euros en 48h. Le site leetchi.com est une filiale depuis 2015 du groupe Arkéa, qui rassemble les fédérations Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central du Crédit Mutuel. Le Crédit Mutuel a annoncé le 8 janvier 2019 au Parisien avoir ouvert une enquête sur la légalité de la cagnotte. Quelques heures plus tard, le site fermait la cagnotte sur son site.

Cette cagnotte fera grincer pas mal de dents : celles des gilets jaunes pour son annulation et celles de nombreux politiciens (pas tous) pour son existence. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, aimerait connaître le nom des donateurs afin de savoir s’il n’y a pas des forces politiques étrangères qui auraient manipulé la réussite de la cagnotte. Elle pense à l’Italie dont Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont tous deux apporté leur soutien à la colère française. Les manifestants y voient plutôt un contrôle, voire une forme de délation contre les gilets jaunes que la majorité appelle « complices des violences à l’encontre des forces de l’ordre ».

A l’opposé, le député européen et ancien Ministre, Renaud Muselier a créé – toujours sur le même site – une cagnotte en soutien aux forces de l’ordre qui, elle, est toujours online et dépasse aujourd’hui le million d’euros. Les gilets jaunes y voient un complot gouvernemental en raison de sa croissance régulière lors des premières 24h. Les dirigeants de la plateforme indiquent qu’il s’agit d’une simple lenteur informatique due aux flux inhabituels de dons dont le site profite depuis la cagnotte de Dettinger et sa couverture médiatique.

Enfin, Eric Drouet a lui aussi créé sa cagnotte mais via Paypal. Les médias en ont peu ou pas parlé et pourtant la cagnotte est montée en 4 jours à 100.000 euros. Il espère égaler celle des forces de l’ordre (999.999 euros) au 31 mars 2019. Que va-t-il faire de cet argent dédié aux gilets jaunes blessés de France ? Certains manifestants se posent la question et réclament des comptes et plus de clarté et de transparence à l’emblématique meneur qui, pour le moment, indique qu » »un huissier sera contacté pendant la mise en place de cette cagnotte !!« . (mise à jour le 25/01/2019 : la couverture médiatique retombée, la cagnotte d’Eric Drouet stagne à 136 210 euros ce 25 janvier 2019)

GRAND DEBAT NATIONAL

On aura décidément beaucoup parlé d’argent cette semaine et le salaire de Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) aura été sur toutes les lèvres.

La CNDP est une autorité administrative indépendante ayant pour mission de « veiller au respect de la participation du public au processus d’élaboration des projets d’aménagement ou d’équipement d’intérêt national de l’État, des collectivités territoriales, des établissement publics et des personnes privées, relevant de catégories d’opérations dont la liste est fixée par décret en Conseil d’État, dès lors qu’ils présentent de forts enjeux socio-économiques ou ont des impacts significatifs sur l’environnement ou l’aménagement du territoire ». En d’autres termes, la CNDP veille à ce que le point de vue des citoyens soit pris en compte dans le processus de décision des grands projets d’aménagement et d’équipement d’intérêt national. Elle gère chaque année, avec son équipe, des dizaines de dossiers complexes et difficiles.

Au regard de ses fonctions, elle a toutes les aptitudes, les capacités et l’expertise pour piloter le Grand Débat National voulu par le Président Emmanuel Macron pour sortir la France de la grogne des gilets jaunes.

Mais voilà, Chantal Jouanno gagne 14.710 euros par mois. Une fausse information s’est rapidement répandue sur le net et dans les médias déclarant qu’elle allait gagner cette somme pour piloter le débat alors que cette somme est celle de sa fonction – elle ne gagne pas un bonus pour le pilotage – et en tant que présidente d’une autorité administrative indépendante, sa rémunération est fixée par la loi de Finances en application de l’article 72 de la loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011 de finances pour 2012. Elle n’est donc pas en relation avec sa personne.

Dans l’atmosphère tendue et dans la chasse aux sorcières que la France vit actuellement, Chantal Jouanno a préféré se retirer du pilotage afin de ramener la sérénité nécessaire pour ce débat en lequel elle croit… mais le mal était fait. Les gilets jaunes ont inscrit ce nouveau « scandale » salariale à l’ordre de leurs (nombreuses) revendications.

Et ce retrait n’a pas suffit puisque plusieurs politiciens de l’opposition ont réclamé son départ de la présidence de la CNDP, même Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, l’a demandé alors que – je me répète – sa rémunération n’est en rien fixée à sa personne mais à une fonction.

Ce cafouillage n’est pas le seul piège du Grand Débat National pour Emmanuel Macron.

  • Il y a le timing : « En théorie, il faut six mois pour organiser ce genre de débat. On n’est pas prêts, c’est super risqué ! » a déclaré un ministre à France 2.
  • Il y a ensuite la méthode : « une réflexion profonde et partagée » y voit le Président de la République mais d’autres y voient une boîte de pandore et réclament un cadre précis ou des sujets auxquels on ne pourra pas discuter comme l’ISF, la peine de mort, le droit à l’IVG ou encore le mariage pour tous. Tiens, l’abrogation de la loi Taubira (qui encadre le mariage pour tous) fut la revendication qui a reçu le plus de votes lors de la consultation en ligne lancée par le Cese (Conseil économique, social et environnemental) du 15 décembre 2018 au 4 janvier 2019. Au total, 9000 contributions ont été déposées sur la plateforme censée recueillir les inquiétudes des citoyens, « gilets jaunes ou non ». Cette liste des thématiques ayant émergé avec la crise sont les prémices au grand débat national souhaité par Emmanuel Macron…
  • Enfin, il y a la procédure. C’est sur les épaules des 35 000 maires de France que repose l’organisation de ce grand débat. Vont-ils.elles tou.te.s jouer le jeu ? Des voix s’élèvent pour dénoncer l’attitude de François Baroin (LR), qui dirige l’Association des maires de France et qui saboterait discrètement l’opération. « Il a donné des consignes aux maires de ne pas encourager les débats » assurent des organisateurs.

Comme on le voit, c’est déjà bien mal parti pour le Grand Débat National dont Emmanuel Macron doit annoncer les grandes lignes le lundi 14 janvier 2019 dans la lettre qu’il adressera aux français.

JE HAIS LES JOURNALISTES SAUF…

Les gilets jaunes n’aiment pas les journalistes car ils les considèrent à la solde du gouvernement. Mais pourquoi ?

Tout simplement parce que les médias traditionnels ne parlent que des exactions des gilets jaunes contre les forces de l’ordre et jamais ou très rarement (et le plus souvent dans une rubrique « check fact ») des blessures des gilets jaunes perpétrées par les forces de l’ordre. Et pourtant, 300 plaintes ont été déposés auprès de l’IGPN dont 78 font l’objet d’un enquête policière. 93 blessés graves ont été recensés depuis le début du mouvement avec 68 cas provoqués par un  lanceur de balle de défense tel qu’un flashball ou un LBD 40. Ces deux moyens de défense des forces de l’ordre ne peuvent pas être utilisés à moins de – respectivement – 7 et 10 mètres et ne peuvent pas viser le dessus de la poitrine et les parties génitales. Difficile de respecter ces interdictions lorsque l’on voit les émeutes sur les images… des blessures graves ont été recensées : perte d’un oeil, main arrachée, mâchoire fracturée ou encore paralysie faciale. Alors que le gouvernement demande la plus grande fermeté pour les violences perpétrés par les gilets jaunes et l’incarcération du boxeur Christophe Dettinger en est la preuve, du côté des forces de l’ordre, il n’y a encore eu aucune suspension car on attend le résultat des enquêtes policières et administratives. Le Commandant Didier Andrieux a pour l’instant été écarté de toute manifestation.

Il faudra attendre la semaine du 14 janvier 2019 pour que l’ensemble des medias parle – enfin – des violences policières. En réaction, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, annonce mardi 22 janvier 2019 que les forces de l’ordre utilisant des pistolets LBD-40 seraient équipés de caméras-piétons. Il confirme donc devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale que les forces de l’ordre continueront à utiliser ces armes intermédiaires. Il a par ailleurs affirmé que 4 personnes ont été gravement blessées à l’oeil par des LBD depuis le début du mouvement le 17 novembre 2018, un bilan bien en deçà de celui du collectif militant « Désarmons-les » et le journaliste indépendant David Dufresne qui, eux, parlent et recensent 17 personnes ayant perdu un oeil.

On peut regretter ou dénoncer le traitement des informations mais de là à poursuivre des journalistes dans les rues pour les frapper ou les lyncher, il y a une frontière que les gilets jaunes n’ont pas manqué de franchir.

Les journalistes sont régulièrement pris à parti dans les manifestations (agressions, tentatives de lynchage, menaces de mort, …) à tel point que le syndicat des journalistes de la chaîne BFMTV (la plus haïe) a décidé de ne pas couvrir le mouvement le lundi 7 janvier 2019. Cette haine est terrible pour la démocratie mais elle ne date pas d’hier. La famille Le Pen a régulièrement considéré les journalistes comme des adversaires politiques. François Fillon a utilisé le même stratagème lors des élections présidentielles de 2017 alors qu’il était embourbé dans différentes affaires.

Les gilets jaunes n’aiment pas les journalistes sauf quelques uns :

  • Rémy Buisine, Brut. Avec son smartphone, le journaliste de 28 ans filme les marches, les rassemblements et interviewe les militants. Ses live Facebook peuvent durer des heures. Peu importe. Il n’est pas caché. Il est avec les manifestants. Il filme sans parti pris, sans juger, sans explication.
  • Vincent Lapierre, indépendant. Enfin, pas si indépendant que ça puisqu’il serait plutôt un journaliste d’extrême droite comme le défini Mathieu Molard, journaliste à Streetpress et coauteur du livre Le Système Soral, enquête sur un facho business (Calmann-Lévy, 2015). Lapierre fut un proche de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral et proche de Dieudonné. Son travail sur le terrain pour couvrir les gilets jaunes est très apprécié par Eric Drouet, figure emblématique du mouvement et par de nombreux gilets jaunes qui laissent des commentaires positifs au bas de ses vidéos Youtube.
  • Russia Today France. Chaîne russe, entièrement financée par le Kremlin, elle couvre la manifestation pour se faire un nom dans le paysage audiovisuel français. Elle est appréciée des gilets jaunes car elle pratique le live qu’elle diffuse sur Facebook et se positionne du côté des gilets jaunes.
  • Ramous, Youtubeur. Il se présente comme auteur, compositeur, interprète sur sa page Facebook. Il réalise des lives lors des manifestations. Il commente également, en vidéo, l’actualité en étant toujours du côté des gilets jaunes.

Et puis, il y a le cas Marc Rylewski. Il se dit journaliste des gilets jaunes et a acquis ses lettres de noblesse grâce à une interview choc du journaliste politique Jean-Michel Apathie. Avec son smartphone, il interpelle les personnalités dans la rue en les assénant de contre-vérités, de questions orientées, d’affirmations fausses et n’hésite pas à basculer dans l’antisémitisme. Le ton employé est plutôt décrié dans les commentaires que l’on peut lire sur sa chaîne Youtube. Il est également l’auteur de la vidéo où Franck Dubosc retournait sa veste à Lausanne : « Les gilets jaunes c’est du passé. Trop haineux trop hargneux, à dégager« . D’après CBS, il aurait été un paparazzi bien connu sur la place de Paris.

Nous pourrions également parler du cas Hugo Clément. Il était sur le boulevard Malesherbes à Paris le 1er décembre 2018 lorsqu’il fut blessé à l’arcade sourcilière par un projectile. « Je circulais en scooter avec ma compagne Alexandra. Nous allions boire un verre. Sur notre route, j’ai aperçu des manifestants en train de monter une barricade. J’ai décidé de m’arrêter pour faire quelques images avec mon téléphone » déclarera le journaliste à son média Konbini. Depuis lors, rien ou pas grand chose. A-t-il été refroidi par cet accident ou est-il trop occupé à jouer les influenceurs sur son compte Instagram ? Quoiqu’il en soit, Hugo Clément a refait surface cette semaine, bien au chaud et loin des barricades, en interviewant Maxime Nicolle. Un choix éditorial dicté par la recherche du buzz ? De nombreux internautes lui reprochent de donner la parole à l’agitateur complotiste, lui n’y voit aucun souci. Il a l’âge où la parole est libérée par l’ère numérique et le cordon sanitaire politique et médiatique contre les extrémistes n’est plus qu’un vieux souvenir… Fort de cette nouvelle vague médiatique, il remet le couvert le vendredi 11 janvier 2019 sur Twitter en déclarant « Oh un lac d’essence ! Quelqu’un a du feu ? » en rapport au discours d’Emmanuel Macron sur « le sens de l’effort ». Rien n’empêche donc plus personne (même ceux qui se définissent comme journaliste) à la moindre retenue tant que ce soit bon pour leur audience immédiate et tout aussi furtive.

LE GITAN DE MASSY

Suite à la détention provisoire de Christophe Dettinger (appelé le Gitan de Massy) et d’après un article alarmiste du HuffingtonPost – faits recoupés avec le compte Twitter du journaliste Vincent Glad (Libération et Brain Magazine) -, plusieurs messages et vidéos sur les réseaux sociaux publiées par des personnes se présentant de la communauté gitane invitent à se mobiliser et à aller manifester. Les « ultra-gilets jaunes » y voient une nouvelle occasion de raviver la flamme et de faire tomber le gouvernement par le chaos et la violence.

Pendant ce temps, le routier Eric Drouet et le Youtubeur Maxime Nicollene tarissent pas d’éloges sur « Winter on Fire« , documentaire disponible sur Netflix, qui raconte la transformation en 2004 d’une manifestation pacifique des étudiants en Ukraine en une véritable révolution pour la défense des droits civiques. Après 93 jours, le gouvernement ukrainien était tombé. Maxime Nicolle déclare que « beaucoup de gens sont prêts à perdre la vie pour que notre futur soit meilleur« . La révolution Orange avait fait 120 morts.

Je vous invite à lire l’article du Nouvelle Obs qui dresse le portait des deux hommes à travers leur profil Facebook. Lire l’article.

ACTE IX

Suite aux dissensions dans le collectif « La France en colère », Priscillia Ludosky appelle à manifester à Bourges, au cœur de la France alors qu’Eric Drouet appelle à manifester à Paris : départ à Bercy, arrivée place de l’Etoile avec 30 minutes de pause boulevard Haussmann (pour faire du shopping ?).

Bourges est en état de siège. Toute manifestation a été interdite par la préfecture du Cher dans le centre ville pourtant, à midi, on dénombre déjà 1200 personnes sur la place Séraucourt.

84.000 gilets jaunes seront comptés (estimés) pour 80.000 forces de l’ordre déployées sur l’ensemble du territoire. Nouveau regain de popularité donc – tout en restant très faible en rapport à l’ampleur médiatique du mouvement.

Evolution du mouvement des gilets jaunes en France

Que faut-il retenir de ce nouvel acte ?

  • Une explosion de gaz dans une boulangerie du 9ème arrondissement de Paris fait 4 morts (une parisienne, une touriste espagnole et deux pompiers), 9 blessés graves et 45 blessés légers dont 6 pompiers. L’info fait la une des journaux télévisés, des chaînes infos, des sites internet d’information dès 9h du matin. Christophe Castaner se rendra sur place avant le début de l’acte IX. Ce détournement médiatique de leur mouvement est mal perçu par certains gilets jaunes qui y voient un nouveau complot de la part du gouvernement ! (au même titre que l’attentat sur le marché de Noël de Strasbourg le 11 décembre 2018)
  • Pour la première fois, un service d’ordre encadre les gilets jaunes à Paris, moins de violences dans l’ensemble avec tout de même 244 interpellations… Mais 5 jours plus tard, le site HuffingtonPost annonce que plusieurs personnes qui encadraient la manifestion parisienne étaient des anciens militaires dont Victor Lenta, le cofondateur du mouvement ultranationaliste « Unité continentale » qui aide les « volontaires » français et européens désirant combattre aux côtés des séparatistes pro-russes dans la région ukrainienne du Donbass. Lire l’article.
  • Aucune trace des gitans.
  • En fin de journée, alors que les collectifs gilets jaunes tentaient de recueillir toutes les images et faits de violences de la part des forces de l’ordre, les médias dans leur ensemble condamnaient le lynchage d’une équipe de LCI à Rouen.

Et ce n’est pas le seul cas : une journaliste de France 3 a subi une tentative d’agression physique et des intimidations, deux journalistes vidéo de l’AFP ont essuyé des coups à Toulon, une journaliste de « La Dépêche du Midi » rapporte avoir été menacée de viol par « une horde de Gilets jaunes » à Toulouse, Franck Paillanave a été frappé à la jambe en plein direct à Pau.

On retiendra, enfin, que BFMTV a réalisé une excellente audience avec 5,2% de part de marché, soit cinquième chaîne nationale et leader TNT, sa meilleure audience en journée depuis le 15 décembre 2018, jour de l’acte V des gilets jaunes.

TETES DE GONDOLE

On ne compte plus les inconnus devenus vedettes d’un soir, d’une semaine et plus si affinité grâce au mouvement des gilets jaunes. Je pourrais vous citer à nouveau toutes les personnes dont je parle plus haut ou les innombrables chanteurs aux hymnes multiples ou encore ce manifestant royalistes portant un patch orné d’un Sacré-Cœur vendéen, emblème des membres de l’Armée catholique et royale de Vendée qui déclara, au micro de Vincent Lapierre, « Macron c’est moi qui le paye. D’une certaine manière c’est ma pute. » et qui pris la pose à la Marche pour la vie en opposition à l’avortement le dimanche 20 janvier 2019.

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