Avec Ghost Song, présenté en ouverture du Festival de Saint-Sébastien, Fatih Akin signe un film d’une grande douceur formelle pour raconter un drame d’une violence absolue : comment continuer à vivre lorsque l’on se sent responsable de la mort de la personne que l’on aime ?
Faris est encore étudiant lorsqu’il rencontre Farasha. C’est son premier amour, celui qui devrait ouvrir tous les possibles. Mais cette histoire à peine commencée bascule presque immédiatement dans le drame. Farasha meurt dans un accident de voiture alors que Faris est au volant.
Il ne l’a pas tuée. Il n’a pas voulu sa mort. Mais pour lui, cela ne change finalement pas grand-chose : il conduisait, elle est morte et lui est resté vivant.
C’est là que commence véritablement Ghost Song.
Farasha revient alors dans ses rêves. Pendant quarante nuits, les deux jeunes gens peuvent encore se retrouver. Le fantastique pourrait faire basculer le film vers la romance surnaturelle. Il n’en est rien. Chez Fatih Akin, le fantôme est surtout la matérialisation d’un deuil impossible. Faris refuse de laisser partir celle qu’il aime parce qu’il est lui-même incapable de revenir pleinement parmi les vivants.
Le film pose ainsi une question terrible : comment se reconstruire après un événement qui vous condamne à revivre sans cesse la même seconde ? Comment reprendre ses études, aimer à nouveau, envisager un avenir lorsque l’on considère que l’on n’a plus le droit d’être heureux ?
Car le véritable drame de Ghost Song n’est peut-être pas la mort de Farasha. C’est ce qu’elle fait de la vie de Faris.
Il est vivant, certes. Mais sa vie semble désormais arrêtée. À un âge où tout devrait commencer, son premier amour devient également son premier traumatisme, celui qui risque de déterminer tout ce qui suivra. Le jeune homme reste prisonnier d’une culpabilité dont personne ne peut réellement le libérer, puisqu’elle ne répond pas nécessairement à une responsabilité objective. Elle existe en lui, et cela suffit.
Fatih Akin filme cette douleur avec une grande retenue. Le magnifique noir et blanc donne au film une dimension presque intemporelle. Hambourg cesse peu à peu d’être un simple décor pour devenir le territoire mental de Faris, une ville traversée par les souvenirs, les absences et les apparitions.
Un film profondément touchant, magnifiquement photographié, sur le deuil, la culpabilité et l’(im)possible retour à la vie après l’irréparable.
Fiche technique :
Titre : Ghost Song
Réalisation : Fatih Akin
Avec : Mariam Dawoud, Eren M. Güvercin
Pays : Allemagne
Genre : Drame
Date de sortie : Inconnu
Durée : 1h45
Sélection : San Sebastian 2026
