CINEMA : « Backrooms » de Kane Parsons

Avec Backrooms, le cinéma d’horreur semble revenir à une forme primitive de peur : celle de l’image trouvée, de la vidéo tremblante, du document arraché au réel. Le film démarre d’ailleurs comme une variation contemporaine de The Blair Witch Project, avec un personnage filmé à l’arrache, des images angoissantes, presque accidentelles, comme si la caméra captait quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir. Pour les spectateurs qui ont connu le choc du film de 1999, le dispositif pourra sembler familier. Pour une génération plus jeune, qui n’a pas nécessairement traversé cette révolution du found footage, il peut sans doute retrouver une vraie force d’étrangeté.

Adapté d’un univers viral né sur Internet, Backrooms est un film très conceptuel. Peut-être même trop. Il faut bien avouer qu’il n’est pas toujours évident de comprendre l’histoire, ni de savoir exactement où le film veut nous emmener. Mais c’est aussi ce qui fait sa singularité : Backrooms ne cherche pas tant à raconter un récit classique qu’à nous enfermer dans un état mental. On ne regarde pas seulement des personnages perdus dans un labyrinthe ; on se retrouve nous-mêmes prisonniers d’un espace sans logique, sans sortie, sans véritable explication.

Au départ, les décors très épurés peuvent donner le sentiment d’une trouvaille un peu facile : des couloirs vides, des pièces anonymes, des néons blafards, une architecture déshumanisée. Mais, petit à petit, le film gagne en ampleur. Le mobilier prend de plus en plus de place, les pièces se multiplient, les configurations deviennent absurdes, et le labyrinthe révèle une créativité visuelle assez impressionnante. C’est là que le film devient le plus passionnant : lorsqu’il transforme des lieux volontairement pauvres, banals, presque administratifs, en territoire d’angoisse pure.

Il faut, à ce titre, saluer le travail des décorateurs. Car Backrooms repose énormément sur cette capacité à renouveler sans cesse un même principe spatial sans tomber totalement dans la répétition. Dans ce dédale de salles, de couloirs et de volumes étranges, on pense parfois à Squid Game, non pas pour le jeu ou la violence, mais pour cette manière de faire d’un décor artificiel, géométrique et presque irréel, une machine à produire de la peur.

Backrooms est donc un film frustrant, parfois obscur, mais aussi fascinant dans sa manière de faire de l’espace son véritable personnage principal. On n’en sort pas forcément avec toutes les réponses. On en sort plutôt avec une sensation : celle d’avoir traversé un cauchemar architectural dont les murs continuent de bouger longtemps après la projection.

Fiche technique :
Titre : Backrooms
Réalisation : Kane Parsons
Avec : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass
Pays : États-Unis
Genre : Horreur, Science-fiction
Date de sortie : 17 juin 2026 (Belgique – France)
Durée : 1h50

Affiche du film « Backrooms » de Kane Parsons

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *