Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, Hope est un film qui ne fait clairement pas dans la demi-mesure.
Tout est énorme.
La durée d’abord : 2 h 36.
Le sang ensuite.
Les créatures, les courses-poursuites, les explosions, la violence, les changements de ton… Na Hong-jin semble vouloir constamment pousser son film plus loin, jusqu’à produire un objet parfois spectaculaire, parfois déroutant, souvent complètement WTF.
Et pourtant, difficile de nier la maîtrise.
Le film est très bien réalisé. Les créatures sont impressionnantes, les cadres sont travaillés avec une précision presque maniaque, et certaines compositions m’ont franchement fait penser à Tarantino. Na Hong-jin aime installer ses personnages dans l’espace, faire durer les plans, créer une attente avant de déclencher le chaos.
Les grandes séquences de poursuite, notamment en voiture et à cheval, sont absolument remarquables. Leur longueur, qui pourrait sembler excessive ailleurs, devient ici un véritable atout. Elles ont le temps de développer une tension, une géographie, une sensation physique du danger. On ne regarde plus seulement une action : on la traverse.
Sur ce plan, Hope est un vrai spectacle.
Mais 2 h 36…
Il faut tout de même s’accrocher.
Pour un film qui mélange horreur, science-fiction et catastrophe, j’ai souvent eu le sentiment que l’ensemble aurait pu gagner énormément en efficacité avec une durée beaucoup plus courte. Peut-être 1 h 30, peut-être un peu plus. Mais certainement pas près de trois heures.
Je me suis même demandé si je ne passais pas à côté de certains codes propres au cinéma coréen. Peut-être. Mais en tant que spectateur européen, j’ai trouvé le film beaucoup trop long.
Et cette longueur devient d’autant plus frustrante lorsque l’on arrive à la fin.
Car finalement, rien n’est véritablement expliqué.
Pourquoi ces créatures sont-elles là ?
Qui sont-elles exactement ?
D’où viennent-elles ?
Que veulent-elles ?
Après 2 h 36, le film se termine en laissant toutes ces questions largement ouvertes. On comprend alors qu’une suite est possible — Na Hong-jin a d’ailleurs déjà évoqué la possibilité de poursuivre cet univers — mais cela produit aussi une réaction assez simple : tout ça pour ça ?
C’est probablement ma principale déception.
Reste alors la question la plus intéressante : que raconte réellement Hope derrière toute cette hémoglobine ?
Et c’est là que le film devient beaucoup plus passionnant.
Les créatures sont d’abord présentées comme une menace.
Elles arrivent de l’extérieur.
Elles sont différentes.
On ne les comprend pas.
Elles ne parlent pas comme nous.
Le réflexe des habitants est donc immédiat : elles sont dangereuses.
Mais progressivement, le film renverse notre regard.
Les humains attaquent.
Ils tuent.
Ils détruisent.
Et lorsque les créatures réagissent, les habitants continuent à se considérer comme les victimes.
Na Hong-jin a expliqué avoir pensé son film autour de la xénophobie, de l’immigration et de notre manière de transformer l’étranger en menace. Dès lors, difficile de ne pas lire les aliens de Hope comme une métaphore du migrant.
Ils arrivent dans un territoire qui n’est pas le leur.
On ne cherche pas vraiment à comprendre leur présence.
On les juge avant même de savoir qui ils sont.
Puis, lorsque les autochtones tuent l’un de leurs enfants, ceux-ci deviennent soudain les « monstres » parce qu’ils ripostent.
Et si les véritables monstres, c’était nous ?
C’est probablement là que Hope trouve son idée la plus forte.
Le film commence comme une histoire d’invasion mais progressivement, il devient peut-être le récit d’un massacre vu du point de vue de ceux qui l’ont provoqué. Cette inversion morale fonctionne très bien.
Elle oblige le spectateur à reconsidérer tout ce qu’il vient de voir et donne au film une profondeur que son apparence de gigantesque divertissement horrifique ne laissait pas forcément présager.
Fiche technique :
Titre : Hope
Réalisation : Na Hong-jin
Avec : Hwang Jung-Min, Zo In-sung, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender
Pays : Corée du Sud
Genre : Action, Horreur
Date de sortie : 28 octobre 2026 (Belgique – France)
Durée : 2h36
Sélection : Compétition officielle – Festival de Cannes 2026

