CANNES 2026 : « Sanguine » de Marion Le Corroller

Présenté en Séance de minuit au Festival de Cannes 2026Sanguine est le premier long métrage de Marion Le Corroller. Le film, écrit par la réalisatrice avec Thomas Pujol, réunit Mara TaquinKarin ViardKim Higelin et Sami Outalbali dans un récit d’horreur hospitalier où le corps devient le territoire d’une angoisse professionnelle et générationnelle. Le film est également annoncé en compétition pour la Caméra d’or, puisqu’il s’agit d’un premier long métrage. 

Margot débute son internat aux urgences. Elle rêve depuis toujours de devenir médecin, mais se retrouve très vite broyée par le rythme infernal du service, la pression hiérarchique, les attentes impossibles et l’épuisement permanent. Autour d’elle, des patients de son âge arrivent avec des symptômes inexpliqués. Les cas se multiplient, aucun diagnostic ne tient, et bientôt les mêmes signes apparaissent sur son propre corps. Commence alors une course contre la montre, à la fois médicale, intime et horrifique.

Pour son premier film, Marion Le Corroller choisit donc un terrain particulièrement fertile : celui de la pression au travail chez les jeunes. Mais au lieu d’en faire un drame social ou un film naturaliste sur l’hôpital, elle passe par le body horror, l’épouvante et le gore. C’est là que Sanguine devient intéressant : le mal-être professionnel ne se dit pas seulement par la parole ou par la fatigue, il s’inscrit dans la chair. Le burn-out, la peur de ne pas être à la hauteur, l’angoisse de l’échec, la compétition et la violence institutionnelle deviennent littéralement des symptômes.

Le film fonctionne ainsi comme une métaphore très directe de ce que vivent de nombreux jeunes travailleurs : entrer dans un métier avec vocation, ambition, désir de bien faire, puis découvrir un système qui exige toujours plus, sans jamais vraiment protéger ceux qu’il consume. Margot veut tenir. Elle veut prouver qu’elle mérite sa place. Elle veut devenir médecin. Mais son corps, lui, commence à parler autrement. Il se dérègle, se transforme, se rebelle. Dans Sanguine, le corps devient le premier lanceur d’alerte.

La mise en scène épouse cette logique de dérèglement. Marion Le Corroller use — et parfois abuse — de la caméra embarquée pour faire sentir un monde qui vacille, un hôpital qui ne laisse aucun répit, un quotidien où tout semble aller trop vite, trop fort, trop près. Elle use aussi du grand-angle pour accentuer la pression, déformer les visages, écraser les corps, donner aux couloirs et aux salles d’urgence une dimension presque cauchemardesque. Ce n’est pas toujours parfaitement maîtrisé. Certains effets sont appuyés, parfois bancals, et les effets horrifiques ne sont pas toujours les plus sophistiqués du monde. Mais l’ensemble possède une énergie, une franchise et une générosité qui emportent souvent l’adhésion.

Car il ne faut pas bouder son plaisir : si vous aimez le scalpel, les corps torturés, le sang, les transformations physiques et l’horreur viscérale, Sanguine a de quoi satisfaire. Le film assume son programme de Séance de minuit. Il ne cherche pas à être propre, sage ou élégant. Il aime le débordement, le fluide, la chair, la panique, le cri. Il y a quelque chose de réjouissant dans cette manière de prendre un sujet très contemporain — la souffrance au travail, l’épuisement des jeunes soignants, la pression de l’excellence — et de le faire exploser dans un film d’horreur frontal.

Le trio de jeunes acteurs fonctionne très bien. Mara Taquin, qui s’était notamment imposée dans La Ruche de Christophe Hermans et que l’on a aussi vue dans La Petite de Guillaume Nicloux, porte le film avec une intensité physique très convaincante. Elle donne à Margot une fragilité nerveuse, une détermination presque douloureuse, et surtout cette impression d’un corps qui tient jusqu’au moment où il ne peut plus tenir. Face à elle, Kim Higelin, révélée au grand public avec Le Consentement, apporte une présence à la fois vive et troublante. Elle possède cette capacité à faire exister un personnage en quelques regards, avec une énergie très contemporaine. Sami Outalbali, connu notamment pour Sex Education et Une histoire d’amour et de désir, complète le trio avec une douceur et une tension qui équilibrent bien la brutalité de l’univers hospitalier.

La présence de Karin Viard, dans le rôle d’Hélène, apporte évidemment un autre poids au film. Elle inscrit Sanguine dans une confrontation générationnelle plus large : entre ceux qui ont intégré la violence du système comme une règle de fonctionnement et ceux qui arrivent aujourd’hui avec le corps déjà prêt à craquer. Le film semble poser une question simple mais brutale : combien de jeunes faut-il sacrifier pour faire tenir une institution ?

Sanguine est donc un premier film imparfait, mais vivant, intense, généreux dans l’horreur et assez malin dans son sous-texte.

Fiche technique :
Titre : Sanguine
Réalisation : Marion Le Corroller
Avec : Karin Viard, Mara Taquin, Kim Higelin, Sami Outalbali
Pays : France, Belgique
Genre : Horreur
Date de sortie : 23 octobre 2026 (Belgique) – 28 octobre 2026 (France)
Durée : 1h39
Sélection : Séance de Minuit – Festival de Cannes 2026

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