CANNES 2026 : les prix parallèles racontent une autre histoire du festival

Avant même que le palmarès officiel de la compétition ne soit dévoilé, Cannes a déjà livré une série de récompenses parallèles qui dessinent, en creux, une autre cartographie de cette 79e édition. Moins institutionnels, parfois plus militants, souvent plus ludiques, ces prix accompagnent le Festival depuis ses marges — et disent beaucoup des films qui ont marqué la Croisette.

Cette année, le cinéma belge s’y distingue particulièrement.

Le Prix du Cinéma Positif a été attribué à Coward de Lukas Dhont, présenté en compétition officielle. Très attendu, le nouveau film du réalisateur belge plonge au cœur de la Première Guerre mondiale, mais choisit d’en explorer un versant rarement montré : les moments de répit, de performance, de douceur et de désir entre soldats. Loin de l’imagerie uniquement brutale du front, Dhont s’intéresse à ce qui subsiste d’humanité, de créativité et de fragilité dans un monde ravagé par la guerre. Une approche qui résonne pleinement avec l’esprit de ce prix, destiné à saluer un cinéma porteur d’élan, de transformation ou d’ouverture.
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Image du film « Coward » de Lukas Dhont

Autre distinction marquante : la Queer Palm 2026, attribuée à Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun. Présenté à Un Certain Regard, le film s’amuse des codes du slasher et du cinéma d’horreur des années 1980 pour mieux les réinventer depuis une perspective queer. Avec Hannah Einbinder et Gillian Anderson, cette proposition horrifique, pop et transgressive transforme un genre longtemps associé à la peur du corps et de la différence en outil de réappropriation, de désir et de réparation.

Pour la première fois, la Queer Palm a également décerné un Prix de la Découverte, attribué à Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall. Le film, découvert à la Semaine de la Critique, suit la rencontre entre deux chauffeurs routiers, un Français et un Polonais, dans un univers masculin, précaire et rarement filmé sous l’angle du sentiment amoureux. Entre cabines de camion, routes européennes, fatigue du travail et désir fragile, le film impose une romance inattendue, obstinée, profondément humaine. Un prix qui vient saluer non seulement une œuvre queer, mais aussi un premier film capable de déplacer le regard vers des vies souvent laissées hors champ.
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La Queer Palm du court métrage est revenue à Silent Voices de Nadine Misong Jin, qui raconte l’intégration difficile d’une famille coréenne nouvellement installée à New York, à travers le regard d’une jeune fille lesbienne. Un film de silence, de pudeur et de sensations, qui fait de la culture queer non pas un sujet à justifier, mais une possibilité d’existence.

Dans un registre beaucoup plus ludique, mais devenu incontournable sur la Croisette, la Palm Dog a elle aussi rendu son verdict. Le célèbre prix qui récompense les meilleures performances canines au cinéma a sacré Yuri, le chiot errant de La Chienne — La Perra — de Dominga Sotomayor. Le film suit Silvia, une femme solitaire vivant sur une île isolée, qui recueille un jeune chien et lui donne le prénom qu’elle destinait à la fille qu’elle n’a jamais eue. Lorsque l’animal disparaît, cette absence fait remonter ses traumatismes enfouis. Yuri devient ainsi bien plus qu’un simple compagnon à l’écran : il est le déclencheur émotionnel du récit.

Le Grand Prix du Jury Palm Dog a été décerné à Lola, croisée Terrier dans I See Buildings Fall Like Lightning de Clio Barnard. Adapté du roman de Keiran Goddard, le film suit cinq amis d’enfance issus d’un quartier ouvrier de Birmingham, confrontés à l’âge adulte, à la précarité et aux fractures sociales. Au milieu de ce groupe menacé d’implosion, Lola agit comme un lien affectif, presque un dernier vestige d’innocence.

Il faut également ajouter à ce panorama le palmarès de la Quinzaine des Cinéastes, qui a clôturé sa 58e édition avec Le Vertige de Quentin Dupieux, son deuxième film présenté à Cannes cette année.

Le Prix du Public a été attribué à Je vois des immeubles tomber comme la foudre de Clio Barnard. Adapté du roman de Keiran Goddard, le film suit cinq ami·es d’enfance issus d’un quartier populaire de Birmingham. Arrivés à l’âge adulte, ils voient ressurgir les secrets, les blessures et les espoirs contrariés de leur jeunesse. Un drame social dans la lignée du cinéma britannique le plus attentif aux fractures de classe, mais aussi aux liens affectifs qui résistent malgré tout.

Le Coup de Cœur des auteurs SACD revient à Shana de Lila Pinell. Mister Emma a particulièrement aimé ce film, porté par Eva Huault, qu’il décrit comme une véritable révélation. Shanaregarde son héroïne sans mépris, sans surplomb, avec une tendresse immense pour ce corps, cette langue, cette énergie populaire et cette manière de tenir debout dans un monde qui laisse peu de place aux fragilités. C’est un film social, nerveux, drôle parfois, douloureux souvent, qui impose un personnage impossible à oublier.
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Enfin, le Label Europa Cinemas a été remis à L’Espèce explosive de Sarah Arnold, premier long métrage situé dans le Nord-Est de la France, autour d’une chasse aux sangliers. Un film qui, par son ancrage territorial et sa singularité, prolonge l’esprit de la Quinzaine : faire émerger des regards, des récits et des formes qui circulent parfois en marge du grand récit officiel du Festival.

Avec ces trois prix, la Quinzaine rappelle elle aussi que Cannes ne se résume pas à la compétition officielle. C’est aussi là, dans les sections parallèles, que se découvrent certains des films les plus vivants, les plus inattendus et parfois les plus durablement marquants d’une édition.

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