CANNES 2026 : « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » de Jane Schoenbrun

Avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun signe un film qui, sur le papier, avait tout pour intriguer. La bande-annonce promettait un objet pop, queer, horrifique et méta, capable de revisiter les codes du slasher avec l’énergie d’un cauchemar adolescent et la mélancolie trouble de la pop culture. Après I Saw the TV Glow, l’attente était donc réelle. Elle fut, pour ma part, suivie d’une grande déception.

Le film nous plonge dans les coulisses de la préparation d’un nouvel épisode de Camp Miasma, saga horrifique à succès dont on veut relancer la mythologie dans une version plus queer, plus consciente de son époque, plus ouvertement réflexive. L’idée est belle : interroger les images qui nous ont construit·es, les fantasmes hérités des films de genre, la place du désir, de l’identité et de la représentation dans une industrie qui recycle sans cesse ses propres fantômes.

Sur ce point, je rejoins Brian Tallerico lorsqu’il voit dans le film un hommage joyeusement méta aux slashers de type Friday the 13th, mais aussi une réflexion ambitieuse sur l’identité, l’obsession et la manière dont la pop culture façonne le désir. C’est exactement cela. Le problème, c’est que cette ambition finit par écraser le film. À force de penser ses propres codes, de commenter ses propres références et de théoriser son propre geste, Teenage Sex and Death at Camp Miasma perd ce qui aurait pu en faire une expérience viscérale.

On attendait de la peur, du trouble, du désir, de la fièvre. On se retrouve souvent face à un objet très intellectuel, parfois brillant dans ses intentions, mais émotionnellement distant. Le film parle beaucoup de sensations, de corps, d’identités fragmentées, de fictions fondatrices, mais il m’a rarement permis de les ressentir. Jane Schoenbrun semble tellement vouloir déconstruire le slasher qu’elle finit par désamorcer sa puissance première : celle d’un cinéma immédiat, pulsionnel, charnel.

Il reste bien sûr des idées, des fulgurances, une conscience aiguë de ce que les images peuvent produire sur celles et ceux qui les regardent. Mais le film s’embourbe dans ses considérations théoriques et laisse peu de place à l’émotion. Là où la bande-annonce promettait un grand vertige queer et horrifique, le résultat m’a paru trop cérébral, trop verrouillé dans son propre discours.

Fiche technique :
Titre : Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Réalisation : Jane Schoenbrun
Avec : Jinjett Wattanasin, Tontawan Tantivejakul, Chatichai Chinnasi, Nophand Boonyai
Pays : Royaume-Uni, Canada, États-Unis
Genre : Comédie, Épouvante, Horreur
Date de sortie : 19 août 2026 (Belgique)
Durée : 1h52
Sélection et récompense : Un Certain Regard – Festival de Cannes 2026 / Queer Palm

Affiche du film « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » de Jane Schoenbrun

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